L'alcool et la médecine :
un couple éternel et mystérieux


Le dossier sur l'histoire de l'alcool a permit de mesurer l'impact profond que sa découverte a exercé sur la Médecine de toutes époque. En libérant ces minuscules molécules d'éthanol, la fermentation a offert aux hommes un instrument dangereux car puissant, mais aussi indispensable car polyvalent. De ses vertus à ses méfaits, il est nécessaire de bien connaître pour appréhender la complexité de son action sur l'individu dans sa globalité corps/esprit.


L’alcool : une molécule très puissante


L’alcool est capable du meilleur... et du pire, selon l’usage que vous en ferez. Parmi ses facultés particulières ayant un effet positif sur l’organisme, voie externe ou interne sous réserve d’une absorption modérée, on remarque :

- A dose faible (0,5g / kg de poids corporel), il constitue un aliment énergétique, environ 30 kJ/g mais l’effet est éphémère !
- Il possède aussi de remarquables propriétés plaquettaires lorsqu’il est absorbé sous forme de vin (à priori uniquement mais cette exclusivité semble contestée par de récentes découvertes médicales - voir fin du chapitre).
- Il est fortement bactéricide et bactériostatique, avec une relative innocuité, à condition d ‘avoir une certaine hydratation, entre 45° et 70° (l’alcool pur est inopérant car il ne peut pas pénétrer dans les cellules !)
- Son action tranquillisante sur le système nerveux l’a fait utiliser, autrefois, comme anesthésique dans certaines interventions chirurgicales.


Mécanismes d’actions
sur l’organisme humain :
effets physiologiques


Au niveau cellulaire : un des milieux de prédilection de l’alcool éthylique.
Non seulement, l’alcool désorganise les protéines qui la composent, mais de ce fait, perturbe le passage des divers éléments qui y transitent.

Il faut distinguer deux cas :
- l’absorption aiguë et ponctuelle : la membrane va d’abord se fluidifier puis reprendre son
état normal après élimination de l’alcool.
- l’absorption chronique : l’organisme va s’adapter en modifiant le processus du passage des échanges cellulaires. C’est à dire qu’il va “jouer” sur la fluidité de la membrane (augmentation du rapport cholestérol / acides gras des phospholipides). Ceci fonctionnera tant que les phospholipides de la membrane ne seront pas trop désorganisés par l’action de l’alcool.

Ensuite, la membrane se rigidifie rendant ainsi plus difficile le passage de l’alcool. L’individu se trouve alors face à la résistance de sauvegarde de son corps. S’il veut obtenir les mêmes effets qu’avant, il doit élever toujours davantage les doses ingérées, de façon à “ forcer” la rigidité des cellules ! Une telle escalade va générer le curieux phénomène de la “ dépendance “. Il se traduit par une sorte de “ pacte d’alliance “ entre la cellule et l’alcool. Celle-ci, merveille d’adaptation, ne va pouvoir continuer à fonctionner à peu près normalement, à ce stade, que si elle baigne justement toujours dans l’alcool. Le refus initial est devenu besoin organique ! D’où l’accumulation progressive de graisses et de cholestérol dans le corps des personnes alcooliques.

Au niveau sanguin : Absorbé très vite, sans être détruit ni transformé, on peut déjà quantifier le degré d’alcool dans le sang après cinq minutes. Cependant, c’est vraiment à partir de 30 à 90 minutes que l’on mesure le niveau le plus élevé. Certains facteurs accélèrent en plus sa diffusion dans le sang :
- le degré alcoolique de la boisson.
- l’ingestion à jeun (15 à 30 minutes).
- la faible teneur en sucre de la boisson.

D’autre part, il a été prouvé qu’une consommation simultanée d’aliments protéiques ou de sucres abaisse l’alcoolémie (respectivement de 35% et 50%). L’alcool, contrairement aux autres nutriments, ne peut être stocké dans les tissus. Il doit obligatoirement être oxydé et métabolisé aussitôt. Or, une seule enzyme peut le faire ! Elle se trouve surtout dans le foie.

Au niveau du foie : Celui-ci ne peut brûler qu’une quantité limitée d’alcool (environ 90%, chiffre légèrement variable suivant les individus), relativement à la quantité et à la fréquence d’absorption. Le reste est éliminé par les poumons, les reins et la peau (ce qui permet les dosages via l’haleine ou l’urine). Mais, pour cela, le foie a besoin de temps ! (environ 2 H pour quelqu’un de 75 Kg). Le foie va le métaboliser en acétate (acide lactique), en priorité, et au détriment d’un autre processus fondamental.

En effet, le foie Entre polémiques, découvertes et extrapolations scientifiques, voici un bref panorama de quelques résultats de recherches médicales et universitaires :
Une étude néerlandaise : faite de 1993 à 1999, sur une population de 5 395 personnes âgées de 55 ans et plus, a permis de déterminer qu’absorber entre 1 et 3 boissons alcoolisées chaque jour diminue de 42% les risques de démence en général (dont la maladie d’Alzheimer), et de 70% ceux de démence vasculaire résultant d’accidents vasculaires cérébraux. C’est du moins ce qu’affirment les chercheurs de l’Université Erasme de Rotterdam, dans la revue britannique “The Lancet”.

Le french paradox : né il y a près de 20 ans lorsque statisticiens et cardiologues anglosaxons se sont intéressés aux données sur les maladies coronariennes comme l’infarctus du myocarde. Le pourcentage des populations les moins touchées présentait une nette diminution en faveur des peuples du Sud (surtout la France).

Le principe actif n’en est pas formellement identifié mais certaines substances contenues dans le vin rouge, comme les composés phénoliques, semblent diminuer l’agrégation des plaquettes sanguines, contribuant ainsi à diminuer le risque de caillot dans les artères. Depuis, les travaux du Pr St Léger (GB) en 1979, du Pr Renaud (France) en 1992, du Pr Klatsky (USA), du Pr Farci (Italie) , du Pr Gronbaek (DK) en 1995, se recoupent. Leur conclusion: une consommation de vin inférieure à un 1Ú2 litre de 12° par jour pour les hommes et à 1Ú4 pour les femmes contribuent à réduire l’apparition d’athérosclérose (par les polyphénols), diminuer le phénomène de thrombose (par le resvératrol), et encore bien d’autres bienfaits (diminue aussi le risque de “ diabète sucré”). Ceux-ci, initialement attribués au vin rouge, s’élargissent à la molécule d’alcool elle -même, quelle que soit la boisson. Aujourd’hui encore, le “French paradox” continue de faire couler beaucoup d’encre (et peutêtre aussi de l’alcool !) dans les congrès internationaux !

Chocolat-Alcool : un lien de famille


En effet, ce lien s’appelle : tétrahydro- bêta-carolines (TBC). Ce sont des composés chimiques du genre alcaloïdes neuroactifs qui délivrent les sensations agréables éprouvées lors de la consommation d’alcool et de chocolat fins. Cette découverte a été relatée dans la revue: “ Journal of Agricultural and Food Chemistry “ en 2000 par son auteur Tomas Herraiz du Conseil espagnol pour la recherche scientifique. C’est dans le but d’approfondir les connaissances sur les TBC, aux propriétés encore mystérieuses, que ce rapprochement avec les composés présents dans l’alcool fin a été fait. Alors que dire des chocolats à la liqueur ?


Cet article est extrait du numéro 36

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