L'alcool.
Souffler dans le ballon
est démodé


Après plusieurs décades de bons et loyaux services, une batterie de nouveaux systèmes s'apprête à prendre la relève du bon vieil alcootest, celui à l'éthylomètre. Plus fiable, plus discrets. Plus chers aussi.

La première limite de l’alcootestest que quelques heures après consommation, l’alcool n’est plus détectable dans le corps. Enfin pas tout à fait. Si l’haleine redevient ce qu’elle était, d’autres traces chimiques subsistent rappellait un article du New Scientist en février 2004. Car désormais, pour obtenir le portrait robot des habitudes de boisson d’une personne, ou remonter plusieurs jours en arrière, des tests existent. Ils se font en labos, à partir d’échantillons d’urine ou de mèche de cheveux et à l’aide de marqueurs chimiques, métabolites formés des suites de la présence d’alcool, que les chercheurs connaissent de mieux en mieux. Outre le test sur la gammaglutamyltransférase (GGT) habituellement prescrit en France, d’autres molécules d’alcoolisation ont été repérées.

L’éthyl glucuronide (EtG) est présent par exemple dans l’urine jusqu’à 5 jours après la consommation d’alcool initial. Sa présence, combinée à l’absence d’alcool en tant que tel, s’interprète en général comme le témoin de l’état de “gueule de bois”.

Un autre indicateur, le phosphatidyléthanol (PEth), perdure lui dans le sang durant les trois semaines qui suivent le moment où la consommation quotidienne d’alcool devient supérieure ou égale à 3 bières par jour. 2 Parmi ces indicateurs à long terme, le cheveu lui-même a son mot à dire. Sa concentration en esters d’acides gras d’éthyl, dont les premières molécules n’apparaissent que 12 ou 18 heures après consommation, permet de retracer l’historique et les quantités d’alcool absorbées. Pour l’instant seuls 4 acides gras sont conjointement recherchés, mais une dizaine d’entre eux ont été clairement identifiés comme liés à l’éthanol.

Suivre le mouvement ? Mais, me direz-vous, les effets de l’alcool se voient. Cela modifie le comportement, impacte l’équilibre, la coordination, la précision des gestes. Pourquoi chercher alors à précisément identifier le taux exact de présence de telle ou telle substance ? Veillons plutôt à déterminer si la personne est apte ou non à prendre le volant, quoi qu’elle ait absorbé. C’est une voie de recherche effectivement explorée.

On discerne même deux écoles. Ceux qui font les mesures avant de conduire et ceux qui s’efforcent de les faire pendant. L’Université de Bristol s’est illustrée en 2002 à travers une étude comparant les temps de réaction, le délai observé entre le mouvement de l’œil et la coordination motrice. Les résultats - obtenus en laboratoire, sur un jeu de simulation de conduite automobile - ont été sans équivoque. Plus la personne a bu d’alcool, plus son temps de réaction se réduit.

A jeun, en situation normale, un conducteur repère un virage un peu plus de 8 dixièmes de seconde avant de commencer à tourner le volant. Après deux verres de vodka, ce temps tombe à 5 dixièmes de seconde. Autrement dit, on reste capable de réagir mais plus d’anticiper.

Le système utilisé - qui combine caméra, analyse du regard et direction assistée par ordinateur - peut tout à fait être installé sur une voiture. Comme une vigie automatique, embarqué, qui chronomètre ce temps en permanence et sonne l’alarme, voire arrête le véhicule si le chauffeur n’est plus en état de conduire. Qu’il s’agisse d’alcool ou de fatigue. Seul hic : le coût, estimé à l’époque à 30 000 Livres (soit environ 45 000 euros).

L’expérience menée été 2003 par la police scientifique de St- Alban, dans le Pays de Galles, en Grande-Bretagne également, apparaît beaucoup moins onéreuse. Ceux-ci ont développé un détecteur d’ivresse portatif, qui s’appuie sur un duo de test assez simples, installés sur un pda et qui durent 10 minutes au total. Elaborés par l’Université de Surrey, ces tests en forme de jeu électronique s’attachent à évaluer la concentration, le contrôle moteur et la capacité de réaction devant l’imprévisible. Le premier utilise le stylet du PDA pour suivre le mouvement d’un petit objet sur l’écran.

Mais, parfois, un second objet apparaît et clignote. Il faut alors presser un bouton durant tout son temps de présence. Sans cesser bien sur de suivre le premier. Le second test est composé d’une suite de panneaux de signalisation, qui s’affichent successivement à l’écran toute les secondes. Tous demandent à être validé sauf un - convenu à l’avance et dont lequel le sujet testé est informé. L’objectif étant de vérifier sa capacité de vigilance. Le verdict apparaît ensuite, sans appel. Oui, non, peut-être. Les premiers résultats, obtenus sur un échantillon de 170 volontaires, se sont révélés suffisamment encourageants pour continuer le projet. D’après les concepteurs eux-mêmes, deux années d’essais supplémentaires sont encore à prévoir avant de distribuer l’outil aux forces de police.

Attention les yeux


L’ensemble de l’examen dure 1 mn 30. Le globe oculaire collé face à une caméra. Objectif : suivre du regard un point qui va et vient en arrière-plan. Le tout rappelle une scène de film d’anticipation, un test utilisé pour détecter des réplicants. Mais ce n’est pas de la sciencefiction. L’appareil s’appelle le SafetyScope. Et ce test oculaire a été mis au point et commercialisé par Eye Dynamics, une société californienne. Au cours de l’examen - fiable à 97 % affirme la compagnie - une vingtaine de paramètres sont passés au crible. Des réflexes oculaires involontaires à la taille de la pupillle. Comme dans le cas des alcootests comportementaux, le SafetyScope ne cherche pas à connaître le taux d’alcool dans le sang ou le type de substances ingérées.

Ce qui compte, c’est de savoir si oui ou non la personne est en état de conduire ou d’accomplir la tâche qu’on attend d’elle. Outre l’utilisation en entreprises - pour vérifier l’aptitude de leurs employés à effectuer certains travaux.


Cet article est extrait du numéro 36

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