La gestion de l'eau,
rêve fou du nouveau bio capital



Nous avons déjà changé d'ère. Alors que les ressources en eau sont de plus en plus menacées, sur toute la planète, les tenants d'un nouveau néo-libéralisme vert promeuvent intensivement une gamme de "solution technologisques" censées répondre à tous les problèmes de la gestion des ressources en eau.

Cette fuite en avant fait l'impasse sur tout remise en cause d'un système productiviste destructeur, mais ouvre de fabuleux marchés aux grandes entreprises privées du secteur. Dans ce domaine la responsabilité de la France sera primordiale. Est-ce bien cette eau 24 "high-teck" que nous voulons pour demain.

La Société Hydrotechnique de France, illustre société savante, organisait les 12 et 13 juin 2007 à Paris un colloque consacré à la “ Gestion active des eaux “. Une rencontre qui a reçu le soutien du MEDD, du BRGM, de Veolia Water et de Suez-Lyonnaise. Son programme incarne les très rapides mutations désormais à l’œuvre en matière de gestion des ressources en eau. Car en dépit des mille et une déclarations officielles prônant un usage raisonné et raisonnable de la ressource, on n’ose dire “ soutenable “, les logiques lourdes qui se déploient dans la période illustrent bien plutôt une véritable fuite en avant qu’illustre à merveille le vocable de “ gestion active “. Dans la grande tradition des visions d’ingénieur, pour lesquels il n’existe pas de problèmes, juste des solutions, on voit donc se déployer très activement une intense promotion de toute la gamme des technologies artificielles réputées pouvoir répondre à tous les problèmes, tant quantitatifs que qualitatifs, que pose aujourd’hui la gestion de la ressource en eau.


Les nappes phréatiques baissent :
on va les réalimenter !


L’eau fait défaut localement en raison de prélèvements excessifs, d’origine agricole, industrielle, énergétique, touristique : vive la ré-utilisation des eaux usées ! Les ressources disponibles ne permettent plus d’assurer l’alimentation en eau potable : vive le dessalement ! Si l’on n’y prend garde, et l’on n’y prend pas suffisamment garde, c’est bien une nouvelle doxa qui émerge. A chaque problème sa solution, nécessairement hightech, mise au point par les grandes entreprises privées du secteur, au premier rang desquelles Veolia Eau et Suez-Lyonnaise. Dès lors, sur fond d’alerte générale au changement climatique, c’est bien une nouvelle gouvernance hightech qui se met en place à une vitesse vertigineuse. Forts de leur expertise technologique les grands groupes privés du secteur travaillent à l’émergence du nouveau biocapital, un néo-libéralisme vert, dont le nouveau gouvernement français a mesuré l’importance stratégique, en annonçant la tenue à l’autom- ne prochain du fameux “ Grenelle de l’Environnement “.

Ainsi, avec l’acquisition, annoncée le 12 juin 2007, pour 650 millions d’euros, de Thermal North America, qui exploite notamment le chauffage urbain à Boston, Philadelphie et Baltimore, et la climatisation à Los Angeles et Las Vegas, Veolia Environnement est devenu le premier opérateur de services énergétiques aux Etats-unis. Pour financer ses investissements (4,2 milliards d’euros en 2006 et 6 milliards d’euros en 2007), le géant français des services à l’environnement a par ailleurs lancé une augmentation de capital de 2,6 milliards d’euros, avec droit préférentiel de Car, dans les trois ans qui viennent, M. Henri Proglio, P-DG de Veolia Environnement, qui a réalisé en 2006 un bénéfice net de 758,7 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 28,6 milliards, promet à ses actionnaires de faire croître le chiffre d’affaires d’au moins 10 % par an et de continuer à leur servir un dividende en hausse annuelle de 10 %.

Tout en prévoyant un programme d’acquisitions compris entre 15 et 20 milliards d’euros entre 2007 et 2009... La fenêtre de tir est idéale. Primo la gauche et les Verts sont au tapis. Une droite dominatrice s’est enfin délivrée du complexe qu’elle nourrissait vis-à-vis des valeurs traditionnellement portées par la gauche. On n’y reviendra pas. Désormais les riches seront de plus en plus riches, et les pauvres... Reste que la nouvelle ploutocratie, enfin libérée de son complexe moral, sent bien toutefois qu’elle est désormais menacée, à l’instar de ses épigones des autres pays développés, par les “ dégâts du progrès “. On va donc agir, légiférer, se protéger, au Nord, en promouvant des réglementations “ vertes “, qui vont ouvrir de nouveaux et fantastiques leviers de croissance au nouveau biocapital... Mais foin de prospective morose. Ca va swinguer. Pas de problèmes, que des solutions. Qu’on en juge : “ Trois années de déficit hydrique ont conduit à chercher des solutions pour satisfaire au mieux la demande en eau.

Les solutions rapidement applicables concernent les économies réalisables sur la consommation donc la demande. Sur l’offre c’est-à-dire sur la disponibilité de la ressource, peu d’idées ont émergé et peu de projets ont été proposés.

La relation au climat a conduit à globaliser la question de l’eau à l’échelle nationale, voire mondiale, alors qu’elle est la juxtaposition de problèmes locaux, différents, chaque problème étant spécifique par les demandes, les moyens existants, les ressources qui restent à mobiliser. Il est trop tôt pour affirmer voire conclure que les déficits présents et à venir seraient une fatalité.


Cet article est extrait du numéro 53

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