Ambitions lointaines
et territoires nouveaux



La France entre dans une nouvelle phase croissance pleine d'ambivalence, d'avances et de reculs. Elargissement des frontières, conquêtes de terres exotiques et lointaines, effervescence commerciale, artisanale et artistique, alliance politiques inattendues sont la toile de fond d'un tableau haut en couleurs.


Ambitions lointaines et territoires nouveaux.


Le code Noir Devant l’ inflation des émancipations d’esclaves dans sa commune, le maire de Nantes réclame, en 1716, qu’il soit interdit aux Noirs d’épouser des Françaises. Le Conseil Royal d’Etat intervient alors pour régir l’entrée des Noirs en France. Il cède devant les pressions influentes des colons et leur accorde alors d’importantes concessions.

Par exemple, le mariage mixte n’est pas interdit mais il est tributaire de sévères restrictions, notamment la nécessité du consentement expresse du “maître”. La plupart des Français ignorent l’existence du Code Noir qui “fonde le non-droit à l’état de droit des esclaves noirs, dont l’inexistence juridique constitue la seule et unique définition légale“. Son article 44 stipule: “Déclarons les esclaves être biens meubles“ Cette phrase se passe de commentaire, ce me semble !! Ce texte, introduit à la Cour du Roi Soleil en 1685, traverse sans encombre la Révolution pour n’être aboli qu’en 1848, au début de la seconde République.

En effet, contradictoirement, la révolution des Droits de l’Homme ne méritera souvent ce titre grandiloquent que sur le papier. Car, dans les actes, les esclaves noirs auront encore bien moins de perspectives et de protections après 1789 et surtout à partir de l’arrivée de Napoléon au pouvoir.
Nous voici à un nouveau croisement historique, capital pour l'enchaînement des évènements qui se préparent. La France arrive à un carrefour où convergent soudain desroutes venues de tous les horizons.

Pour des motifs très différents et en quelques décennies seulement, des populations disparates viennent s'installer un peu partout sur le sol français. C'est un patchwork décousu de cultures, une mixture improbable d'origines et de traditions très diverses que l'on peut, grosso-modo, classer par type :
- aristocrates de divers pays (et leurs entourages ), du fait des mariages exotiques des rois.
- Lombards venus en France pour des motivations économiques et politiques.
- Hollandais et Flamands, conséquence des grands travaux d’Henri IV et des guerres de religion.
- Maîtres artisans et ouvriers spécialisés italiens au moment de la création des manufactures royales par Colbert.
- Juifs espagnols et protestants irlandais fuyant les persécutions religieuses.
- mineurs et métallurgistes d’Allemagne qui viendront par la suite.
- peuples noirs, esclaves ou colonisés, moyens et résultats des démarches colonisatrices.

Au coeur même de cette agitation bouillonnante de gens et de rêves existent...les grands ports maritimes qui se révèlent, une fois de plus, de fiévreux portails d’échanges cosmopolites. Nombreux sont, à cette période là, les ports français qui agissent comme autant de “vortex” de communications avec des terres lointaines; Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et Dieppe sur la côte atlantique et Marseille (depuis 1481) sur la Méditerranée. Cependant, Nantes se détache de tous les autres par son importance tant économique que sociale sur cette tranche particulière du Temps.
Nantes, un creuset des métamorphoses de la France à venir ... :

A lui seul, Nantes est un meltingpot de cultures et de peuples disparates, très représentatif de cette France qui change de couleur et de visage au fur et à mesure de la poussée irrésistible du commerce et des échanges nés des pseudo “découvertes” d’aventuriers marins, scientifiques ou religieux, mais aussi des exils de populations en butte aux querelles et aux persécutions religieuses. Jugez plutôt : Dès le XIIIème siècle, les Lombards s’y installent. Comme ils sont chrétiens, ils n’ont aucun mal à s’intégrer rapidement. Au début, leur activité est centrée autour du trafic de l’or et de l’argent mais, progressivement, leurs échanges s’élargiront bien au delà du domaine bancaire.

A partir des années 1420-1450, c’est le tour des Espagnols avec une migration essentiellement composée de juifs “ marranes “ c’est à dire convertis (officiellement), de gré ou de force , au christianisme. Ils portent donc de nouveaux noms aux intonations plus “catholiques”. Rapidement, ils se taillent une belle place au soleil du commerce nantais. Avec l’Édit de Nantes, en 1598, s’achèvent les guerres de religion sur le sol de France. Véritable aimant à populations persécutées dans leurs croyances, la terre de France devient une nouvelle fois terre de refuge, et tout particulièrement l’Ouest. A partir de ce moment, viendront les Hollandais, bien accueillis du fait de leur savoir faire et , accessoirement, grâce à l’Édit de Nantes. Ils se répandront largement dans toutes les provinces du grand Ouest. Spécialistes des questions marines, ils se distinguent dans l’assèchement des marais et la construction des canaux mais aussi , de façon plus inattendue, dans le raffinage du sucre et la vinification.

Contrairement à d’autres communautés, ils ont du mal à s’intégrer complètement. Dès 1605, une première vague d’Irlandais déferle à Nantes. Fuyant le double spectre de la misère et des persécutions religieuses, ils arrivent d’emblée en position de “réfugiés”, ce qui les fait plutôt mal accueillir des nantais.

Une seconde déferlante d’irlandais exilés aura lieu bien plus tard, en 1688, dans les bagages de Jacques II, roi d’Angleterre, venu se réfugier lui aussi à la cour de Louis XIV, son cousin. D’abord très renfermée, la communauté irlandaise, en rompant avec son pays d’origine après l’échec de la tentative de reprise du pouvoir anglais du prétendant Stuart d’Écosse, s’ouvre définitivement à son assimilation française à partir de 1745.

Mais cette effervescence commerciale et humaine va s’accentuer davantage lorsque Nantes va entrer dans l’histoire de la traite négrière par la grande porte ! Tout commença pour eux sous l’impulsion du prince Henri le Navigateur puisque les Portugais, exploitant une très longue route maritime (toute la côte africaine jusqu’au cap de Bonne- Espérance plus l’Océan Indien) ont besoin de beaucoup de navigateurs aguerris. Ils recrutent donc des nantais, à la réputation méritée, qu’ils chargent d’explorer le littoral occidental de l’Afrique. Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, ce sont les chiffres impressionnants de 3.829 expéditions négrières, de 450.000 esclaves en transit et de 45% du trafic de la traite négrière qui passeront par son port, véritable plaque tournante. Nantes remportera ainsi la triste palme du premier port négrier de France ! Sous la double explosion de l’affluence des étrangers et de l’intense commerce avec les colonies, la ville se métamorphose. Opulente et cosmopolite, elle s’enrichit à double titre des influences d’armateurs étrangers venus s’y installer et des répercussions de ce commerce négrier d’hommes et de marchandises nouvelles.

Nettoyer le tableau noir de l’esclavage

Primo, le XVè siècle n’a rien inventé ! D’une certaine façon, ce siècle et la réputation contestable que les manuels d’histoire lui ménagent dans la culture générale, sont une imposture. Non seulement, l’esclavagisme est une vieille, très vieille habitude de l’Homme...qui se trouve provisoirement du côté le plus fort mais, accessoirement, il est établi aujourd’hui que les découvertes de Colomb et de tous ces marins découvreurs de l’époque, ne sont que des ersatz des voyages oubliés de l’histoire antique ou même encore plus proche....

Par exemple, intéressez-vous à ces captifs Slaves qui alimentaient massivement le commerce esclavagiste pratiqué entre Venise et l’empire Arabe du sud de la Méditerranée. C’est particulièrement instructif ! Le “Quai des esclaves”, de son vrai nom, la Riva Degli Schiavoni, à Venise est d’ailleurs l’un des vestiges de cette période. Il est inapproprié ici de s’étendre sur un sujet aussi vaste, bien qu’il le mérite à plus d’un titre. Revenons donc à la question africaine. Secundo, la version officielle dela traite négrière est fortement sujette à caution. Elle baigne, en effet, dans une pénombre trouble faite de demi-vérités et d’occultations discrètes grâce au travail d’éducation historique entretenu par les grandes puissances (Europe et Etats-Unis) depuis plusieurs siècles.....et aujourd’hui encore.

Cet article est extrait du numéro 42

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