La gestation d'une nation



Un nouveau livre d'histoire début à Clermont Ferrand, le 27 Novembre 1095. Le Pape Urbain II y prononce une déclaration de guerre qui sera à l'origine d'une longue période de fanatisme et de cruauté accomplis au nom de Dieu, mais aussi de façon bien imprévisible, d'un processus migratoire, commercial et culturel à l'instar des vases communicants.

Des croisades médiévales aux innombrables guerres de religion, du schimes des papes à la guerre de Cent ans, de la sainte Inquisition à la Saint Barthélémy, se dessine, sous influence de l'église… la gestation d'une nation.

Et des Francs firent souche en Orient...


Les lames de fond de l’immense déferlante catholique qui s’abattit sur l’Europe, le Moyen-Orient et déjà une partie de l’Asie, quand sonnèrent les cloches des Croisades, transportent violemment gens et connaissances sur des rivages inattendus, autour de cette mer méditerranée du Xie siècle, depuis longtemps déjà carrefour de civilisations et enjeu stratégique où s’agitent chrétiens d’Occident, Byzantins et musulmans. La France féodale va, par exemple, accueillir des Juifs venus d’Italie, d’Espagne et du bassin du Rhin, ou encore des Arméniens de Cilicie dont le dernier souverain Léon V de Lusignan était d’ailleurs français. Inversement, ces guerres saintes offraient l’occasion miraculeuse d’une occupation, le plus loin possible (!), à des soldats, chevaliers et suzerains désoeuvrés, en mal de querelle et dont la distraction première consistait alors à s’entre-tuer allègrement, à piller, violer et trucider à tour de bras dans les provinces laminées de France.
Devenus ensuite croisés, templiers (moines soldats), guerriers de Dieu, ils découvrent des pays magnifiques et des civilisations qui faute de calme respiraient malgré tout luxe et volupté ! On ne le rabâchera jamais assez, ce sombre Moyen Age a connu bien des lumières et fut, notamment en Orient, une époque de magnificence et d’échanges. L’Occident est à ce moment là notamment très “tendance” dans la riche Constantinople.

La Normandie a été envahie par beaucoup de peuples : Saxons, Bretons, Vikings.Les Vikings pénètrent réellement partout. Le voyage coule dans leurs veines aussi bien que leur sang. En Europe Orientale, par exemple, ils sont connus sous le nom de Varègues et forment la garde d’élite rapprochée des empereurs byzantins.

Quand les Vikings deviennent les Normands


Qui sont-ils exactement ? C’est là aussi un peuple très ancien dont une des étapes géographiques fut la Scandinavie. Leur nom vient, pour certains, du mot “vika” qui signifie “aller à l’aventure” et pour d’autres d’une expression en norrois, leur langue, qui veut dire “ guerriers de la mer”. Les vikings s’attaquent aux cités de l’Empire carolingien en déclin (Hambourg, Dorestad, Rouen, Paris, Nantes, Bordeaux). Ils se sont faits aussi une spécialité des raids guerriers, pillant les villes portuaires et les riches abbayes.

Ils encerclent Paris durant l’hiver 885-886 ! En effet, leurs bateaux très rapides sèment la terreur vers Bordeaux et surtout sur la Seine qui est un fleuve marchand drainant un fief opulent : le marquisat de Neustrie. Celui-ci appartient à une puissante famille de l’aristocratie franque, les Robertiens. Une sorte d’alliance mixte de paix et de protection sera signée avec leur chef: Rollon, en 911, sous forme d’un traité leur accordant de vastes territoires en France septentrionale (une part de la Neustrie), l’actuelle Normandie le “pays des Normands” où ils s’établiront, prenant alors ce nouveau nom qui veut dire “ hommes venus du Nord “.
Rollon devient alors le Comte Robert le premier de la lignée des Ducs de Normandie. Un de ses héritiers futurs, Guillaume le conquérant, prendra possession, en 1066, du trône d’Angleterre et deviendra alors bien plus riche et influent que le Roi de France !

Vikings, Celtes,Bretons :
3 Peuples mais une même origine !


Ne croyez pas que Vikings, Celtes et Bretons soient des entités différentes. Bien au contraire, ils ont une origine commune, indoaryenne (elle-même fille d’une race plus lointaine...) installée un certain temps dans le Caucase. Celle-ci est profondément inscrite dans le patrimoine et la géographie de la France actuelle. Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron, cet esprit libre hors du temps, n’a-t-il pas clairement ouvert, fin du 18è siècle, la voie aux futurs “ orientalistes “ qui, après lui, vont devoir s’incliner devant l’indéniable parenté de tous les peuples issus de l’ancien monde ? Parmi eux, ces normands: la famille des Burnouf et du Méril qui écrira en Août 1839, dans le journal de l’arrondissement de Valognes : “ Tous les peuples qui ont renversé l’Empire romain et ont renouvelé la face de l’Europe, Francs, Goths, Burgondes, Lombards, Angles, Saxons, Scandinaves ou Normands, appartenaient à la même race. C’étaient les enfants d’une même famille venus depuis un temps immémorial de l’Asie centrale dans les régions du Nord. Ce fait est établi par la conformité de leurs langues, de leurs moeurs et de leurs usages... “

Toutes ces tribus ont en effet, conservé beaucoup de choses en commun. Leurs mythologies partagent une même structure, les aspects matériels de leurs cultures sont très proches, et une même conception héroïque de la vie les unit. Voici quelques exemples à approfondir, si le cœur vous en dit...

L’alphabet runique


Il s’agit d’un langage extrêmement ancien dont le caractère profondément sacré accompagnait les rituels divinatoires. Les druides l’utilisaient au delà du niveau du son ou du sens des mots. Chaque signe de cet étrange alphabet était implicitement un porteur de message divin, un vecteur de connaissance cachée.
“ La langue originelle Nord-Atlantique repose sur des liaisons purement symboliques “ Herman Wirth . Les runes étaient d’ailleurs couramment employées en héraldisme, la mystérieuse science des blasons qui fleuriront partout au sein de toutes les familles.

Le culte de l’arbre


Il s’appelle Yggdrasill ou frêne de Odin pour les Vikings. Ce grand arbre-monde, traversait le temps et l’espace, perpétuellement attaqué par Nidhogg, le serpent du mal. La fontaine de Mimir, source de la sagesse cachée, coulait sous une de ses racines. Chez les Celtes, c’est Bile ou If de Magna, le roi des Arbres ou arbre primordial lequel intégrait en lui les qualités du chêne, du pommier sauvage et du noisetier. Ils personnifient tous deux la matrice vivante dans laquelle le Cosmos est contenu le pouvoir secret des pierres.

Le culte viking se tenait à l’extérieur, sous des arbres tutélaires, près des sources sacrées ou bien à l’intérieur d’un arrangement sacré de pierres. Le culte celte, rendu par les druides, se nourrit aussi des pierres et de l’eau de certaines sources. C’est un rituel sacré de la Nature. Il existe des pierres runiques, c’est à dire gravées de runes, des pierres à cupules qui sont souvent criblées de trous plus ou moins larges et profonds, à priori pour recueillir un liquide, eau ou sang ? Un exemple se trouve en Velay, à l’est de Tombarel, en bordure de la rivière Veyradeyre l’art étrange des nœuds Celtes, Bretons et Vikings ont merveilleusement dessiné, gravé et martelé des entrelacs sur le papier, les métaux, le bois ou la pierre.

A la cour de Manuel Comnène, soit entre 1143 et 1180 environ, les tournois et autres divertissements chevaleresques sont à la mode et essaiment dans toute l’Europe de l’Ouest. Mais de manière générale, le prosélytisme du moment n’empruntait pas que des paroles d’évangiles car les croisés ont aussi été l’instrument de la propagande des institutions et des pratiques de la féodalité qui regroupaient un certain art de la guerre où cheval et armure étaient de véritables héros et où la conception des fortifications était érigée en science.

Un extraordinaire croisement
de “courants” culturels se met en place


L’architecture en est un tableau très démonstratif. Tandis que l’influence byzantine nous laisse, en matière d’environnement religieux, l’usage de la coupole, des instruments et des vêtements sacerdotaux, l’Occident dessine sur les paysages de Turquie, du Liban, de Syrie et de Palestine, les sobres courbes romanes et la minérale dentelle gothique.... Les Francs vont s’installer tant bien que mal en Orient, notamment en Syrie et Palestine, dans le sillage de Godefroy de Bouillon et de ses seigneurs à partir de 1099. L’impact artistique, scientifique et philosophique qu’une telle rencontre culturelle déclencha en Occident est fondamentalement incalculable.

Indifféremment baptisés Maures, Sarrasins ou Arabes, ces guerriers puissants envahirent la France au VIIIe siècle, dans la foulée de leur conquête de l’Espagne.
Historiquement, il y eut trois vagues d’attaques successives qui se répartirent sur trois longs siècles. Les deux premières ressemblaient davantage à des raids qui se heurtèrent aux troupes résolues d’un royaume pourtant très divisé. Cependant, la Provence, et plus généralement le sud du territoire, fut fortement marquée de leur invasion.

C’est la dernière qui eut lieu vers 885, au moment où ils prirent possession des montagnes des Maures (Fraxinet), qui fut déterminante. La côte sud de la Gaule passe alors complètement sous autorité arabe mais leur influence se fait néanmoins sentir jusqu’en Bourgogne. Bizarrement, et c’est fondamental, la présence arabe ne devint pas une immigration au sens humain et social du terme.
Elle exerçat en réalité un curieux impact, à la manière de la crue d’un fleuve qui, au premier niveau semble tout noyer sur son passage, mais dépose et abandonne en réalité un limon fertile là où, auparavant, ses eaux avaient effrayé tout le monde ! L’étrange alchimie de la rencontre des antiques connaissances véhiculées par la civilisation arabe avec l’intellect curieux et disponible des juifs d’Espagne et du sud de l’ancienne Gaule fut une explosion culturelle aux répercussions profondes et durables !

En Espagne, l’Empire des Omeyyades, l’émirat de Cordoue, puise son extraordinaire prospérité de 755 à 1031 dans l’or du Soudan. Cette prospérité rejaillira indirectement sur tout le sud grâce à l’ouverture d’esprit d’hommes et de Il est intéressant de rappeler les termes longtemps jugés excessifs de Foulcher de Chartres dans son “ Historia Hierosolymitana” :
“...Dieu a transformé l’Occident en Orient... celui qui habitait Reims ou Chartres se voit citoyen de Tyr ou d’Antioche. Nous avons déjà oublié les lieux de notre naissance, déjà ils sont inconnus à plusieurs d’entre nous, ou du moins ils n’en entendent plus parler ; tels d’entre nous possèdent déjà en ce pays des maisons et des serviteurs qui lui appartiennent comme par droit héréditaire ; tel autre a épousé une femme qui n’est pas sa compatriote... l’un cultive les vignes, l’autre des champs...”
Entre deux guerres, nobles seigneurs et chevaliers, n’hésitaient pas à conclure avec leurs ennemis des liens solides aboutissant souvent à de vraies alliances. Ils apprirent, dans la grande majorité, à comprendre leurs us et coutumes, leurs diverses religions (maronite par exemple) et même leurs langues !

Tous les chemins partent de Rome


Le pape Urbain II obéit à l’appel de Dieu...à sa manière....Il déclare ainsi : “Turcs et Perses, Arabes et Agaréens ont envahi Antioche, Nicée et Jérusalem elle-même qu’ennoblit le tombeau du Christ, ainsi que plusieurs autres villes chrétiennes, et déjà ils ont déployé des forces immenses dans le royaume des Grecs. Maîtres incontestés de la Palestine et de la Syrie qu’ils ont déjà soumises, ilsont détruit les basiliques et immolé les Chrétiens comme des bêtes. Dans les églises où jadis le sacrifice divin était célébré par les fidèles, les païens ont fait des étables pour les animaux...”

Cet article est extrait du numéro 42

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