Liberté, égalité, fraternité...

mais aussi société



Les diverses fermentations politiques, sociales et intellectuelles récupérées, voire "inventées", pour une organisation silencieuse et polymorphe ont trouvé une expression violemment transformatrice dans la Révolution de 1789.

La confusion des idées et des motivations est alors un peu comme une brume opaque s'échappant d'une marmite au contenu bizarre, mélange d'un contexte parvenu au stade de l'ébullition… Liberté, égalité, fraternité… mais aussi Sociétés...

L’étranger et l’esclave dans la littérature des “Lumières”

Dans le foisonnement des idées libertaires qui se répand en France durant, grosso modo, le demi-siècle qui précède la Révolution de 1789, la littérature étrangère y tient une place toute spéciale. Parmi les exemples significatifs, se trouve un héros de roman, Moses Bom Sam, personnage un peu noir (de peau !) qui parvient à déclencher une révolte d’esclaves tout en trouvant, avec le blanc, une solution de compromis. Double exploit s’il en est ! Venu d’Angleterre en 1735, entre les pages de la gazette le “ Pour et Contre “ fondée et écrite par le drôle d’abbé Prévost, cette histoire est une curieuse prophétie (!?) d’évènements à venir. Est-il utile de préciser que l’auteur controversé de Manon Lescaut qui arbore un cœur jésuite et l’habit bénédictin, cet Antoine François Prévost est aussi franc-maçon ? En été 1737, il évoque d’ailleurs ce “langage universel “ si caractéristique et si cher aux “ Fils de la Veuve “ et qui permet à deux francs-maçons de s’identifier comme frères, par delà la séparation arbitraire de la langue et le dédale labyrinthique des Loges disséminées à travers le monde.

Autre abbé, autre histoire ! La 3ème édition de l’ouvrage de l’abbé Raynal: “L’histoire des deux Indes”, ce jésuite et journaliste (il fut un temps directeur du Mercure de France) souleva un tollé encore plus virulent que ses deux précédents tirages, au point de voir ses exemplaires brûlés en place publique sur ordre du Parlement de Paris et obliger son malheureux auteur à fuir ventre à terre à l’étranger. Dans cette histoire philosophique et politique des établissements commerciaux européens répartis dans les deux Indes, l’abbé Raynal traduit sa conviction qu’une révolte ne peut qu’éclater dans les colonies !

Il écrit notamment : “ Deux colonies de nègres fugitifs existent déjà. Ces éclairs annoncent le tonnerre. Il ne manque qu’un chef courageux. Où est-il ? Il surgira, n’en doutons pas. Il viendra et brandira le drapeau sacré de la liberté. “Et pire, il va jusqu’à laisser entendre que cette rébellion peut être victorieuse ! Se base-t-il sur une analyse du contexte volcanique de l’époque...ou bien sur d’autres éléments ? En effet, même si l’écrasante majorité des esclaves acceptait, dans un fatalisme teinté de désespoir, leurs conditions de vie avilissantes et cruelles, certains manifestaient, le plus souvent isolément, des actes de résistance extrême. Soit il s’agissait d’une “évasion” par le suicide, soit de meurtres par l’empoisonnement des colons et de toute leur famille ! Ceux, rares, qui parvenaient à s’enfuir, se cachaient dans les montagnes et les forêts, se regroupant entre eux. On les avait surnommé les “marrons”. Au milieu du 18e siècle, l’un d’entre eux, Macandal, fut le premier à vouloir secouer le joug et chasser les colons. Il avait prévu d’empoisonner l’eau des maisons des “Maîtres blancs” mais, trahi, il fut capturé et brûlé vif en 1758.

Le fantôme maçonnique des Sociétés secrètes


L’influence des Loges Maçonniques sur les processus révolutionnaires est un spectre blanc qui divise les historiens...et les curieux. Un peu avant 1789 apparaît partout dans les conversations de ces esprits dits des “lumières” un terme au sens mystérieux :
les Sociétés ! Résultat d’un phénomène amorcé en France au moment du déclin de Louis XV, il s’amplifie à partir de 1769, probablement sous l’influence grandissante d’un mouvement d’expansion décidé en Angleterre. Véritable toile d’araignée aux fils transparents mais solides, ces Sociétés (secrètes ou semi-visibles) répondaient, aux premiers niveaux, aux attentes multiples de leurs membres et donnaient une impression de diversité et de pluralité.

Mais, en réalité, seuls leurs adeptes les plus “élevés” entrevoyaient ou connaissaient le lien profond et le but commun qui les unissaient, au delà de leurs préoccupations philosophiques, scientifiques ou caritatives...
De ces Martinistes, Swedenborgiens, Ecossais, Egyptiens, Illuminés ( de Bavière... à ne pas confondre avec les Illuminati qui forment une tout autre organisation !!) et tant, tant d’autres, l’une d’elles, le “Grand Orient”, qui se constitue en France en 1773 après une préparation souterraine d’environ 60 ans, jouera dans ce vaste et cruel spectacle, un rôle très spécial avec, en 1785, pas moins de 800 loges affiliées, réparties entre Paris et la province !

Cette implantation se fit grâce à l’influence de Mirabeau adroitement endetté et donc malléable, qui s’en fit le prosélyte téléguidé auprès du Duc d’Orléans (déjà Grand Maître d’une Loge) et de Talleyrand, maçon lui aussi... Et puis, il y a aussi la “Société des Amis des Noirs “ fondée à Paris le 19 Février 1788.

Constituée de publicistes et de penseurs, disciples des Lumières, le duc de La Rochefoucauld et La- Fayette en faisaient partie, elle s’avère résolument abolitionniste. Il s’agit clairement d’une société politique, ni intellectuelle ni philanthropique, organisée pour obtenir une autre législation. Ce qui est très intéressant et plutôt troublant, est que cette Société se considère elle-même comme un rouage d’un mouvement universel et “internationaliste”, en lien direct avec le mouvement anglais (les loges maçonniques ?) qui a déjà initié cette orientation sociologiquement révolutionnaire !

L’ensemble de ces Sociétés obéissent à une structure pyramidale redoutable dont le fonctionnement est pétri d’ambiguïté. Combattant ou dénonçant les religions, elles obéissent cependant à un code hiérarchique et doctrinal à tel point que l’écrivain Roustan dans son livre “Les philosophes et la société française au 18ème siècle “ les qualifie carrément de “clergé laïc”. D’une certaine façon, on peut d’ailleurs voir dans le fameux “Contrat social “ que Rousseau publiera en 1760, une sorte de “catéchisme” revisité qui façonnera pendant 30 ans une ribambelle de nouveaux apôtres perruqués et poudrés...

Une des plus belles évidences de cette orientation idéologique souterraine réside dans les incohérences fréquentes entre les discours égalitaires passionnés et impulsifs des membres profanes des cercles extérieurs et les actions dictatoriales votées par les appareils collectifs, dirigés habilement par une minorité d’initiés silencieux… Aucun homme un tant soit peu important ou représentatif de cette période n’était éloigné d’une Loge, à la fois protégé et manœuvré par elle. Souvent, les membres se retrouvaient dans plusieurs d’entre elles simultanément...


Se pose ici une question chargée de sous-entendus


L’abolition de l’esclavage a t-il été planifié froidement par un courant souterrain aux Loges elles-mêmes, loin des élans humanitaires de quelques individus et surtout des volontés farouhement contraires de ceux qui en bénéficiaient directement ?

Quelques brèves informations au passage… juste pour réfléchir !

- bien avant 1789, la Franc-maçonnerie était déjà très bien implantée dans tout l’Arc Antillais. Hispaniola ne comptait pas moins de 19 Loges …

“Sur les 23 présidents de la voir ses exemplaires brûlés en place publique sur ordre du Parlement de Paris et obliger so- Les villes de l’Ouest de la France sont des carrefours de la liaison maçonnique avec le commerce négrier. Dans son livre, Olivier Pétré-Grenouilleau écrit : “... Capitaines de navires, marchands et négociants forment 38% des maçons dans les villes concernées... “ et plus loin "... Le phénomène est particulièrement net dans les ports".


Cet article est extrait du numéro 42


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