Un jour...
Si la Gaule m'était contée...



Loin du folklore scolaire ou les barbares sont présentés comme des brutes hirsutes aux mauvaises manières d'ogres velus, loin des clichés historiques ou Gaulois, Goths, Huns, Franc et compagnie sont demeurés figés dans le rôle d'envahisseurs incultes face aux héros romain dûment propriétaire civilisé.

Il existe aujourd'hui la possibilité de poser un autre regard sur ces pages surchargées du journal de "voyage" d'un territoire que l'on aurait pu intituler : un jour, si la Gaule m'était contée…

Les proto-Celtes : des ancêtres bien dérangeants !


De récentes et perturbantes découvertes archéologiques (poteries particulières appelées “vases campaniformes” attestent qu’une culture pré-celtique dense et organisée, descendante de peuples cavaliers dits “indoeuropéens” a peuplé notre prétendue Gaule au moins (!) 2500 av. J.-C et ce jusqu’en Europe centrale. Le chercheur espagnol Pedro Bosch-Gimpera contribua, par exemple, à répandre l’idée que cette migration venue d’Asie aurait même pu se faire dès le VIIe millénaire avant J.C.

Ces deux points de vue sont, de toute manière, parfaitement compatibles si on comprend qu’en fait il y eut plusieurs phases migratoires. Attention: ces proto-Celtes ne sont pas les plus anciens sur ces terres mais il est certain qu’ils étaient là bien antérieurement aux dates historiquement rabâchées, soit autour de 500 av.J.C. en référence aux écrits de Grecs comme Hécatée de Milet ou Hérodote d’Halicarnasse. Un des grands spécialistes des Celtes, Venceslas Kruta, écrit même : “ ...Le IIIe millénaire av. J.C. constitue indiscutablement un moment de rupture nette et radicale dans l’évolution des sociétés de l’Europe ancienne...” De plus en plus de voix, dont celles d’universitaires pourtant consensuels, s’élèvent pour affirmer que la Gaule est une pure création politique de Jules César. Dans la foulée, il faut mentionner qu’il n’y a d’ailleurs pas une Gaule mais plusieurs !

Enfin, à l’intérieur de cet espace géographique au demeurant riche, civilisé et bien quadrillé ( il existe déjà de multiples grands axes routiers celtes rebaptisés, vous avez deviné... voies romaines ) vivent côte à côte environ au moins 60 peuples celtes ...dont nos célébrissimesGaulois...

Entre l’imaginative bande dessinée de la Gaule des Gaulois et le mythe cruel des Grandes Invasions barbares, une histoire différente se faufile un passage vers nos mémoires déformées ou amnésiques grâce, entre autre, aux travaux d’historiens anglosaxons et allemands, aux recherches d’archéologues et d’ethnologues à l’esprit ouvert.

Mais ce réveil mémoriel nécessite un changement de vocabulaire. Par exemple, “migration” remplace “invasion” et “intégration” doit se substituer à “occupation”. Cela ne change rien à la rime de ce véritable poème épique qu’on nomme l’Antiquité mais cela bouleverse complètement son sens et l’impression qu’il nous laisse.Et si ce que vous avez appris comme étant l’époque des “Grandes Invasions” n’était, en réalité que celle des Grandes Migrations ?

Existe-t-il un mythe Gaulois et un mystère Franc ?

Avant les Gaulois, de nombreuses peuplades venues du Nord et de l’Est occupaient ce territoire . L’histoire officielle n’a pas retenu leurs noms et leurs origines, mais nous en voyons les vestiges, entre autres les pierres levées. Les Sages et les Druides déclarèrent à l’envahisseur romain qu’elles étaient là depuis toujours, “depuis que la terre existait” !

Il y eut aussi une forte population “Ligure” venue d’Italie jusqu’en Provence et qui peu à peu s’intégra aux Celtes. Les Gaulois sont en réalité le plus riche et le plus nombreux des peuples Celtes. Son importance était d’ailleurs telle que les Grecs et les Romains appelaient globalement les Celtes : Gaulois.

Sans garantir que toutes ces tribus vivaient en parfaite harmonie les unes avec les autres, il est clair qu’elles s’entendaient suffisamment pour commercer non seulement entre elles, mais encore avec le reste du monde et, notamment, avec les îles britanniques, la vallée du Danube, avec le pourtour méditerranéen et le Moyen-Orient, essentiellement d’ailleurs colonies romaines dont de nombreux comptoirs commerciaux étaient établis en Gaule dans les villes principales.

C’est un peuple extrêmement métissé aux racines très anciennes qui plongent dans la mémoire oubliée de l’histoire des civilisations… Les Celtes n’ont jamais eu de cohésion véritable mais deux composantes récurrentes à leurs origines obscures et disparates, la langue et le druidisme fournissent une sorte de carte d’identité commune.

Il faudra quatre siècles à Rome pour remplacer le celte par le roman qui sera la base du français, cependant qu’un celte mâtiné de latin perdurera dans les campagnes. Le breton en est un descendant. Mais il en sera différemment du druidisme et ce malgré les persécutions car il était la pierre angulaire et l’essence même des sociétés celtiques.

En effet, de récentes découvertes archéologiques mettent enfin en lumière une culture bien plus vaste et bien plus sophistiquée que les clichés enfantins véhiculés par les livres d’histoire ! Un exemple en est le tombeau de Vix, sépulture de Childéric le père de Clovis, découvert accidentellement par un terrassier en 1653 et qui contenait, entre autres objets ornementaux ou guerriers, une baguesceau en or portant l’emblème d’une abeille et 300 abeilles d’or aux ailes de grenat munies d’agrafes.

On reviendra plus loin sur ce dernier détail lourd de sous-entendus. Les Francs, de leur côté, sont étroitement liés à la culture hébraïque. La Lorraine, qui se trouvait autrefois dans l’ancienne Austrasie, est criblée de noms de lieux et de villes aux origines hébraïques tels que: Sathan, Bââlon, Avioth, le mont Sion, etc.

Mais qui sont donc vraiment ces Francs à l’origine non seulement de l’étrange lignée Mérovingienne mais aussi du nom même de ce pays: la ? En ce temps là, environ à la fin du Vème siècle alors que l’empire romain n’est plus qu’un géant moribond, royaume Wisigoth du sud de la Gaule est inversement en pleine expansion. Pour les Goths, même situation !

Grands voyageurs, on ne peut affirmer clairement leur source, de toute façon très antique elle aussi...
Quoi qu’il en soit, ce sont eux qui, à ce moment de l’Histoire, sont quasi maîtres de l’Europe de l’Ouest à travers les deux branches de leur famille : les Ostrogoths au Nord et les Wisigoths au Sud. Ce dernier territoire, véritable mono bloc allant de la Loire à l’Andalousie avec pour capitales Toulouse et Tolède est hautement civilisé grâce à leur influence. Dans un de ses livres Ferdinand Lot écrit même à ce sujet :
“ ...il semble que le monde romain va, en Occident, poursuivre ses destinées sous le protectorat de la plus civilisée des nations, le grand peuple des Goths....Mais le reste de la Gaule devait former un état romano-gothique gouverné par la dynastie des Balthes. Le peuple élu, c’était celui des Wisigoths... “

Seulement voilà, en quelques années seulement, ce grand et puissant peuple va perdre l’essentiel de son royaume gaulois sous les assauts d’une obscure tribu venue du Nord: les Francs ! Pourquoi ? Même si le nom de Franc ne cesse d’entretenir la controverse, il semble cependant juste de dire qu’il descend du germanique “wrang” participe passé du verbe “wringen” et qui signifie “ceux qui ont erré en tous sens”. Rien que ce sens transporte en lui un lourd bagage de nomadisme et de migrations anciennes. Diverses recherches historiques, ethnologiques, sémantiques et archéologiques ont permis de tracer une sorte de carte routière de leurs migrations successives jusqu’à cette page de l’Histoire.

Un peu d’éthymologie


Le mot druide a une racine sanscrite. Peu banal n’est-ce pas pour une culture celte donc d’origine nordique ? Il se rattache à deux mots dont l’ensemble veut dire “homme savant”. L’étymologie, la sémantique sont de précieux outils pour retrouver son chemin dans les labyrinthes des migrations et des mélanges ethniques. Une des premières manifestations du métissage
culturel est la déformation des mots et des noms par le mixage linguistique. On rencontre la même situation avec ce peuple des Francs tellement méconnu.

Les Francs ne sont pas un peuple


en fait, mais une confédération de plusieurs tribus parmi lesquelles, les Ripuaires, les Chamaves, les Sicambres appelés aussi Saliens, etc. C’est justement cette dernière qui nous intéresse car elle est la seule à fonctionner à la manière d’une caste. L’ensemble de ces tribus la considère comme “à part”, sacrée d’une certaine façon et capable de donner des rois !

Cet article est extrait du numéro 42

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