Déluge et l'arche de Noé
en mer noire...



“ ... En ce jour-là, toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent. La pluie tomba sur la terre quarante jours et quarante nuits... les eaux furent sur la terre pendant cent cinquante jours “.

Une véritable catastrophe, cette inondation, au point de devenir un mythe retranscrit dans la Genèse et dans l’épopée de Gilgamesh, ce roi sumérien dont le récit, retrouvé sur des tablettes d’argile vieilles de 4.500 ans, relate une inondation dans des termes proches de celui de la Genèse. William Ryan et Walter Pitman proposent, eux, une connexion brutale qui s’opère dans le vacarme et la fureur !

Au terme de la période de déglaciation, le lac formant l’actuelle mer Noire aurait baissé d’environ 150 mètres du fait d’une réduction des eaux de fonte et d’une évaporation intense liée à l’aridité du climat. Pendant ce temps, les eaux de la Méditerranée auraient continuer à monter, jusqu’au moment où le barrage rocheux du Bosphore cède brutalement, voilà environ 8.300 ans. Pour les deux géologues, il faut imaginer un énorme torrent, deux cent fois plus puissant que les chutes du Niagara, déversant des trombes d’eau salée dans le lac situé en contrebas. De l’ordre de 50 km3 d’eau par jour !

Dans leur ouvrage, “Noah’s Flood”, publié en 1999, ils décrivent ainsi le déclenchement de ce déluge d’eau au Bosphore : “ Puis il y a eu un premier filet d’eau continu, un mince ruban frayant son chemin à travers la terre, les feuilles, les débris, creusant de plus en plus profondément dans le sol, jusqu’à devenir un fleuve tumultueux en quelques jours. Déjà, il charriait 200 fois le volume d’eau qui tombe aujourd’hui des chutes du Niagara, assez pour faire monter le niveau de la mer Noire de 15 centimètres par jour, remplissant sur plus d’un kilomètre des rivières peu profondes et leur delta. Avec la puissance sans limites de l’océan derrière elle, l’eau salée rugissait maintenant à travers l’étroite vallée du Bosphore à une vitesse de plus de 80 km/h, puis s’écrasait 120 mètres plus bas avec un fracas de tonnerre, que l’on devait entendre sur tout le pourtour de la mer Noire.” Pour les deux géologues, les volumes d’eau venant de Méditerranée via la mer de Marmara sont tels que le niveau de l’eau monte chaque jour de 15 centimètres. Au total, il augmentera de près de cent mètres en deux ans, inondant quelque 100.000 km2 de terres fertiles.

Pour les populations vivant sur les rivages du grand lac, c’est une véritable catastrophe qui les oblige à fuir précipitamment. Ryan et Pitman poussent encore plus loin leur théorie. Ils attribuent à ce mouvement migratoire l’origine de la diffusion de l’agriculture dans toute l’Europe du Sud et dans les Balkans. Ils rappellent que la charrue et l’irrigation sont apparues rapidement, à peu près à la même époque que l’inondation, en Transcaucasie et en Europe centrale. Une belle histoire, cette théorie née de spéculations autour de premiers indices récoltés par des Russes en 1938. Mais, dans les milieux scientifiques, elle sent le soufre. On réclame des preuves. Et si possible, des preuves géologiques plutôt que de vagues interprétations fondées sur des textes anciens... Contre toute attente, deux expéditions internationales vont collecter un faisceau d’indices tendant à valider la thèse de Ryan et Pitman.


Un déluge confirmé par un faisceau d’indices


Au mois de mai 1998, se déroule une campagne océanographique franco-roumaine en mer Noire. A bord du “ Suroît “, plusieurs scientifiques de l’Ifremer et William Ryan lui-même. Les données collectées au cours de l’expédition corroborent pour la plupart la thèse de Ryan et Pitman. D’abord, l’analyse des carottes : prélevées entre 2.200 et 15 mètres de profondeur au dessous du niveau de la mer, elles confirment l’arrivée massive et soudaine d’eau salée vers - 8.300 ans avant J.C.. Près de 600 ans séparent les dernières coquilles d’eau douce, vieilles de 8.500 ans des premières mollusques de mer, âgées eux de quelque 7.900 ans. Ensuite, la combinaison d’images sismiques et de sondages multi-faisceaux révèle des détails topographiques de fonds marins qui plaident en faveur d’un ancien cordon littoral.

Des dunes formées par une érosion d’origine éolienne, donc à l’époque où cette zone était à l’air, sont identifiées. Les carottes prélevées dans les creux et au sommet de ces dunes révèlent un envahissement rapide des milieux par la mer. Au fond du détroit du Bosphore, on détecte même la présence de deux têtes de canyon profondément creusées dans la roche qui pourraient être directement à l’origine de l’envahissement des eaux du lac par la Méditerranée.

De son côté, le géologue explorateur américain Robert Ballard se lance dans la course. Ballard n’est pas inconnu. Ce “ Cousteau américain “ s’est fait connaître en travaillant avec l’Ifremer à la découverte puis l’exploration du Titanic. Durant l’été 1999, il découvre une plage sous 150 mètres d’eau à proximité des côtes sud de la mer Noire. Les sédiments contiennent des roches et coquillages indiquant que l’eau douce du lac a été submergée dans un laps de temps très court par de l’eau de mer. Encouragé par cette découverte inespérée, Ballard monte une nouvelle expédition soutenue par la revue National Geographic pour trouver des traces de présence humaine le long des bords inondés de la mer Noire.

A 12 miles nautiques au large de Sinope, il découvre à l’aide d’une caméra robot, des structures carrées d’environ douze mètres sur trois qui pourraient être des poutres ou des fondations de maisons. Une civilisation aurait-elle été engloutie à cet endroit ? Le Déluge se serait-il bien produit en mer Noire ? Le sujet passionne, tant les histoires de cités englouties peuplent l’imaginaire collectif. Mais la découverte de Ballard atteste simplement l’existence d’une civilisation néolithique dans le bassin de la mer Noire.

Cet article est extrait du numéro 45

Articles sur le même sujet pouvant vous intéresser :

Inquiétant : les nouveau combustibes polluants
Comprendre les combustions spontanées
L'énigme des crops circles. Où en est-on aujourd'hui ?
L'eau : arme de destruction
Mer noire : grande innondation
Quand l'eau montera
Yellostone : info ou intox
Sommaire des articles