Quand l'eau montera



Et si… Et si le niveau de la mer montait brusquement de 5 ou 6 mètres ? La casse soudaine d'une plate-forme glacière de l'Antarctique, fragilisée par le réchauffement climatique, est plausible.

Voire inéluctable d'ici 20 à 30 ans. Entre 2003 et 2005, ce scénario catastrophe a fait l'objet d'une étude d'adaptation financée par l'Union Européenne et baptisée Projet Atlantis. Spéculation autour d'une crue annoncée.

De l’eau jusqu’à Arles. Les Saintes Marie de la Mer submergées. L’étang de Berre disparu sous les flots. Martigues, Fos sur Mer, Marseille inondées. Ces paysages immergés se retrouvent sur tout le littoral européen. Aux embouchures de la Loire, de la Seine. Paris a les pieds dans l’eau. Londres aussi, avec un mélange d’accommodation, de digues et de zones livrées aux reflux de la Tamise. Venise s’est noyée. Les polders d’Amsterdam et de Rotterdam surnagent encore, laissant les 2/3 du pays envahis par la mer du Nord. De l’autre côté de la planète, à New York, Los Angeles, dans les deltas surpeuplés du Gange, du Mékong ou les rivages urbains du Japon, les répercussions de l’avancée marine sont gigantesques. Avec des déplacements de populations de 350 000 personnes par an, et un total global de 15 millions de réfugiés climatiques. En 2130, dans le monde du projet Atlantis, le niveau de la mer s’est élevé de 5 mètres.

Une montée graduelle, continue - 1 mètre tous les 20 ans - nourrie de l’effondrement de la calotte occidentale de l’Antarctique (abrégé WAIS, pour West Antactic Ice Sheet). Un risque réel, pointé dès la fin des année 1970 mais considéré comme très faible (5 % de chances de survenir), et dont la date de déclenchement, la durée, l’amplitude restent âprement discutées. Cette plate-forme glaciaire en forme d’avancée sur l’océan, (“ iceshelf “ en anglais), s’étend sur plusieurs centaines de mètres d’épaisseur et représente à peu près 10 % du volume glaciaire de l’Antarctique. “ S’il se détachait de la terre et glissait dans l’océan, cela provoquerait une hausse additionnelle du niveau de la mer de 5 à 6 mètres. Il n’est pas nécessaire que la glace fonde, écrit Marc Poumarède, de l’Institut Symlog, le simple déplacement de ce volume suffirait.

“ Un futur submergé Ces projections extrêmes - mais hypothétiquement plausibles sont au coeur du projet Atlantis. Une vaste étude d’impact, financée entre 2003 et 2005 par la commission européenne et associant des équipes issues de 6 pays : Allemagne, Angleterre, Autriche, France, Suède et Pays- Bas. Plus que les conséquences de l’événement en lui-même, cette étude voulait saisir les réponses de la société, ses capacités d’adaptation à un tel changement. Les régions de l’estuaire de la Tamise, le delta du Rhin et celui du Rhône ont fait l’objet de trois études de cas distincts, impliquant des “ focus group “ locaux (voir l’encadré ‘un scénario extrême’). Pour les besoins d’Atlantis, les concepteurs ont décidé qu’en 2030, l’effondrement de la calotte occidentale est “ enclenché et irréversible “. Le temps nécessaire reste incertain et la probabilité du pire - le scénario extrême d’une montée des eaux de 5 mètres sur 100 ans - est de 20 %. En 2050, cette probabilité atteint les 80 %. Car la montée s’avère inéluctable.

Officiellement, pour la fin du 21e siècle, les scénarios les plus risqués tablent sur une montée des eaux de 1 mètre. Le parti pris de la démarche Atlantis, plausible et à vocation pédagogique, semblait très peu probable il y a 2 ou 3 ans. Entretemps, de nouvelles projections scientifiques sont venues crédibiliser l’hypothèse. Avis officiel : + 59 cm en 2100 du siècle. Voire 10 ou 20 centimètres de plus, selon le comportement (c’est-à-dire la fonte) des glaces de l’Antarctique et du Groenland. (cf l’encadré : Pourquoi l’eau monte ?) Cette révision à la baisse paraît rassurante - la précédente, en 2001, annonçait une montée des eaux jusqu’à 1 mètre. Il n’en est rien. Car en coulisses, y compris calotte ne date que de 2005 ou de 2006.

Des failles et des hommes


Le niveau de la mer “grimpe“ maintenant à la vitesse de 3,5 cm par décennie. C’est plus du double qu’il y a cinquante ans, poursuit le glaciologue américain, fer de lance historique des “lanceurs d’alerte“ climatique.

Cet article est extrait du numéro 52

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