Menace sur Yellostone :
info ou intox ?



Que se passe-t'il dans le Wyoming, au pays des geysers et fontaines d'eau chaude ? Des portions du parc Yellostone sont fermées au public. Des bisons retrouvés asphyxiés. Les sols qui chauffe et fume un peu plus…

Les prédictions les plus alarmistes se succèdent. La fin du parc serait pour bientôt. Et avec lui celle d'une bonne moitié des Etats-Unis. Voire l'humanité. Un film catastrophe à très grande échelle et sans trucages. J'exagère ? A peine. Analyses et explications.

“Yellowstone est pire que ce que nous pensions. Le mari du professeur de sciences sociales de ma fille est dans le Montana, dans la Réserve Crow, à 100 miles du Yellowstone. Il dit que la situation a dépassé tout ce que nous avons entendu jusqu’ici (qui est selon lui absolument exact), il y de grandes zones mortes sans animaux ni végétations. Aux abords immédiats de ces dead zone, la végétation ne pousse plus et les animaux migrent hors de ces zones. De nouveaux geysers et puits de boue apparaissent chaque jour. Vous pouvez voir à l’œil nu le sol se soulever, non seulement près du Lac Yellowstone mais aussi à d’autres endroits du parc. Ils ont fermé plus de zones au public que ce qu’il a été dit. A certains endroits, la température au sol grimpe à 200 degrés Farenheit.”

Panique sur le net

Alerte au Yellowstone. Sur le net, le moulin à rumeur a parlé. Ses forums, ses listes de diffusion, ses messages électroniques. Une gigantesque boite où tout s’entremêle. Caisse de résonance sans fond où chacun y va de son info, de son commentaire, de son opinion. Une machinerie virtuelle propice aux rumeurs.

Cette fois, Yellowstone est sur le grill. Yellowstone brûle-t-il ? Non. A croire ce que l’on peut lire, le grand parc américain va plutôt exploser. Et sous peu. Un cataclysme comme nous en avons rarement connu. Sur l’éventualité de ce scénario catastrophe, les spéculations vont bon train. Alimentés par les soubresauts du parc, les dénégations des autorités et les avis autorisés des experts géologues qui observent les soubresauts de la région. On va jusqu’à y ajouter une pincée de prédictions des indiens Hopis. Avec autant de signes avant-coureurs, il se passe quelque chose, c’est sur !

Devant l’énormité de la nouvelle, chez les internautes américains puis du monde entier, l’incrédulité le dispute à la fascination. Les témoignages et contributions affluent et crépitent à l’écran. Chacun connaît un voisin qui a un frère dont les enfants ont un professeur qui revient de Yellowstone et qui a vu... etc.

Les vrais-faux indices s’accumulent. Les poissons morts flotteraient à la surface du lac, cuits par les eaux quasi-bouillantes. Dans les rares zones de camping encore ouvertes, les touristes s’en iraient, repoussés par les odeurs de soufre qui imprègnent l’atmosphère.
Plusieurs articles de presse, gazettes locales et grands quotidiens, rajoutent encore aux craintes du réseau. Légitimant les arguments des uns, les inquiétudes des autres, le sentiment de risque ambiant. La machine est lancée. Courage, fuyons... Le parc du Yellowstone est-il vraiment devenu zone interdite ? Comme on dit, n’est-ce pas, il n’y a pas de fumée sans feu. Et il faut reconnaître que l’année 2003 du Yellowstone a été particulièrement agitée. Cumulant signes imprévues et alertes en tous genres. Suivez le guide.

Le parc en ébullition


C’est avec l’été que les choses se gâtent. Début juillet, des remontées extrêmement acides sont signalées au Nord du parc, dans le bassin des geysers de Norris. A cet endroit, des flaques d’eau bouillante et d’acide sulfurique rongent les sentiers. Et la température du sol habituellement à 27° a grimpé à 93°C (200° Fahrenheit).

Le 23 juillet, les autorités du parc décident de fermer près de la moitié des chemins de randonnées autour du bassin. Depuis, ils en ont rouvert la plus grande partie. A la même époque, les geysers de Norris présentent d’ailleur une activité anormale. L’eau bout avec une intensité accrue ou se trouble de boue. Le phénomène est attendu mais cette année il dure plus longtemps qu’à l’accoutumée.
De son côté, un autre geyser de la zone, le “Bateau à vapeur”, sans doute le plus puissant au monde mais aussi l’un des plus imprévisibles, a jaillit à son maximum en 2000, en 2002 (deux fois), puis à quatre reprises durant l’année 2003. Si l’on considère qu’avant cela sa dernière éruption remontait à 1991 et qu’il s’est s’écoulé parfois 50 ans entre deux crachements de vapeur... cela fait beaucoup en quelques mois. D’autres, aux cycles réguliers comme des coucous, ont changé de mesure. De hauteur. De fréquence. Passant dans le cas du geyser Echinus d’une éruption toutes les 35 minutes à une éruption toute les 3h30.

L’été se poursuit. En Août, des chercheurs de l’US Air Force, de la Navy et de la Nasa sont venus survoler la même zone, au Nord du Yellowstone, de façon à tester en milieu naturel un nouveau système d’imagerie à haute résolution. Coordonné par l’université du Montana, le projet YOGI (Yellowstone Optical and Ground Imaging) qui associe civils et militaires devait - selon les informations fournies à la presse - permettre d’obtenir une vision très précise et assistée par ordinateur des moindres détails du parc. Enfin, en mars 2004, toujours dans la région du Bassin de Norris, cinq bisons ont été retrouvés morts. Non pas ébouillantés ou dissous par l’acide.

Mais proprement asphyxiés, victimes d’un dégazage toxique concentré au sol, dans une poche de pâturage. Un mélange de dioxyde de carbone (CO2) et de sulfure d’hydrogène (H2S), reconnaissable à son odeur d’œuf pourri, et maintenu à hauteur d’échine par la pression de l’air froid. L’enquête diligentée par les rangers et l’équipe scientifique a conclu à une combinaison “rarissime” de facteurs, révélant que les taux de H2S des prélèvements gazeux dépassaient la barre des 200 ppm (part par million). Une concentration fatale. En général, les vents constants du Yellowstone dissipent ces gaz asphyxiants. Pas ce jour-là. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Ou lois du hasard de l’activité géothermique ?

La terre tremble. Un super volcan s'éveille ?


Le parc Yellowstone est le monument naturel le plus visité des Etats-Unis. Un paysage de carte postale, qui contient 62 % des geysers et sources chaudes répertoriés au monde, c’est l’un des principaux sites géothermique de la planète. Situé non pas sur une faille, entre deux plaques tectoniques, mais sur ce que les vulcanologues appellent un point chaud.

Une colonne de remontée de lave, en ligne directe avec le magma profond. Et qui exerce des pressions. L’attrait touristique évident de la région du Yellowstone - ses bassins d’eaux chaudes, ses geysers, ses cratères et fumerolles de toutes tailles - est la juste manifestation de son instabilité volcano-sismique. L’observatoire volcanique du Yellowstone (YVO) recense entre 6 et 20 secousses telluriques par jour. Enfin... actuellement un peu moins. En moyenne deux par jour depuis les années 2001-2002. En soi, cette diminution n’est pas bon signe. Il vaut mieux avoir plusieurs secousses de faible puissance que quelques unes moins nombreuses mais plus fortes.

Donc plus difficiles à amortir, à absorber par le sol. Et par le magma qui se trouve en dessous. Paradoxalement, cette raréfaction des séismes serait due à un autre séisme, assez violent (mesuré à 7,9 sur l’échelle de Richter, ce séisme a été le record de l’année enregistré sur le sol américain) et survenu en novembre 2002 en Alaska, à 3200 km du Yellowstone. Mais dans le parc, ce jour-là il y eut un millier de petits séismes. Des secousses quasi-simultanés que le Dr Robert B. Smith, professeur de Géophysique de l’Université de l’Utah et membre du Yellowstone Volcano Observatory a observé en direct, sur l’écran de son sismographe.Incompressible et universelle


Cet article est extrait du numéro 33

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