Voyage en eaux troubles,
les risques invisibles




L'eau, source de vie, liquide purificateur et sacramentel de l'homme, fontaine de croissance des végétaux et des animaux a toujours attiré et retenu les peuples près des rivières, de ses fleuves ou de ses puits. Mais l'eau, comme tout élément naturel, peut se retourner contre l'homme qui ne la comprend pas ou plus grave, ne la respecte pas.

L’eau polluée, l’eau rendue meurtrière est un vieux, très vieux problème ! De terribles épidémies, devenues plus tard de véritables pandémies du fait de l’accélération des échanges humains et la facilité des déplacements, sont nées autour de différentes bactéries tristement meurtrières connues sous les noms de choléra, de fièvre thyphoïde et de dysenterie. Plus récemment, de nouvelles générations de “ prédatrices “ sont apparues sous les termes de salmonelloses ou d’hépatites notamment, sans parler de ces poisons invisibles que sont les métaux.

L’eau est un véhicule vivant au même titre que votre corps. Être attentif à ce qu’elle absorbe et donc à ce qu’elle transporte relève de la prise de conscience individuelle d’abord, de la responsabilité collective ensuite, et finalement, de la survie élémentaire de l’ensemble du règne vivant ! L’eau épidémique de jadis est devenue l’eau problématique car elle se situe foncièrement au cœur d’un enjeu de propagande et d’urgence mondiale. Pour tenter de comprendre ces mécanismes, larguer au passage quelques idées reçues encombrantes et se libérer peut-être ainsi de la peur millénaire, assaisonnée au goût du jour, que ses épidémies historiques et ses dangers invisibles traînent dans ses flots impavides, nous vous invitons à un voyage tragicomique au fil de ces eaux parfois très troubles....

Le traitement de l’eau à travers l’histoire

Platon insistait déjà sur ce problème dans son ouvrage : Les lois, livre VII “, 400 avant J.C. L’ eau est la chose la plus nécessaire à l’entretien de la vie, mais il est aisé de la corrompre... Car pour la terre, le soleil, les vents, ils ne sont point sujets à être empoisonnés, ni détournés, ni dérobés, tandis que tout cela peut arriver à l’eau, qui, pour cette raison, a besoin que la loi vienne à son secours. La civilisation Hellène n’était que l’héritière de modes de vie bien plus anciens. Littéralement parlant, la Bible fait mention d’un des plus anciens système de distribution d’eau desservant la ville de Jérusalem sous les rois assyriens au VIIIème siècle avant notre ère : Comment Ezéchias fit construire l’étang et la canalisation et alimenta la ville en eau...

Les marques de ce système primitif
y sont encore visibles


C’est ainsi que, parmi les plus anciens vestiges de ce que l’on peut appeler les égouts domestiques, figurent ceux de plusieurs sites archéologiques de l’antique Mésopotamie : Harappa, Mohenjo-daro, et le plus récemment étudié, Rakhigarhi. Tous ces lieux ont autrefois été des villes très peuplées, environ 40.000 personnes, organisées en citadelles. On peut y constater une authentique planification urbaine incluant le premier système au monde (connu pour l’instant !) de traitement des eaux usées.

À l’intérieur des cités, l’eau était tirée de différents puits et dans les maisons, une pièce était réservée aux ablutions. Les eaux usées étaient ensuite évacuées vers des égouts couverts qui suivaient le bord des principales rues. Quant à l’orientation des habitations, elle était prévue de manière à leur donner un accès indépendant, aussi éloigné que possible des miasmes éventuels dégagés par les eaux croupies de ces égouts.

A Rakhigarhi, en particulier, on a découvert aussi des rues pavées et, en plus du réseau d’égouts d’usage courant, un système de collecte et de stockage des eaux de pluie. Ces “ citadelles “ possédaient également un “ Grand bain” public, sorte de piscine cernée de nombreuses petites pièces dont l’une contenait un puits. Ce grand bain est un ancêtre des “ baôlis “ ou des “tanks” qui existent en Inde et au Sri Lanka.

Des vestiges similaires ont aussi
été retrouvés en Crète et en Assyrie


Ceci étant à présent clairement signalé à votre mémoire, revenons à nos bons vieux Romains. Eux aussi, grands constructeurs d’égouts devant Jupiter, pensaient d’abord, en intelligents copistes, aux passages souterrains de ces canalisations, et ce, avant même de bâtir une ville. Sous leur influence, une véritable ingénierie de l’eau s’imposa sur tout leur immense territoire: adduction d’eau avec la construction d’aqueducs et de réseaux acheminant l’eau vers les cités, les thermes et les palais. Citons le très célèbre collecteur d’eaux usées de Rome, le “ Cloaca Maxima “.

Attention : prévention n’est pas immunité. Il est toujours troublant de constater qu’à Rome, comme ailleurs et malgré ces infrastructures, des épidémies de “peste” ravagèrent la Cité qui n’était pas encore “éternelle” (peste étant à prendre comme un terme fourretout où l’Histoire a casé commodément beaucoup de virus différents). Concernant Lutécia (Paris), en 52 après J.-C. , les Romains captent l’eau des sources aux environs de Cachan et de Rungis pour la transporter dans la jeune cité par l’aqueduc d’Arcueil qui alimente aussi les Thermes du quartier latin. Sur la rive droite, sera construit ensuite l’aqueduc d’Auteuil. Chacun d’eux fourniront à peu près 1.500 m3 d’eau par jour et par personne.

Quant à la toxicité des métaux lourds, si elle n’est plus à démontrer aujourd’hui, sachez aussi qu’elle était parfaitement identifiée dans l’Antiquité, celles du mercure et du plomb notamment connues depuis bien longtemps ! Dans ces conditions, vous comprendrez aisément que l’eau ait, en même temps, été de tout temps perçue comme une arme invisible potentielle.

La guerre bactériologique est aussi vieille que l’imagination de l’homme ! Deux anecdotes historiques en passant: celle du siège de Syracuse (~ 414) lors duquel le stratège local Hermocrates fit en sorte que les Athéniens campent dans une plaine marécageuse connue pour son endémie palustre, ou encore celle du siège d’Astacos (~ 350) où Clearchos, tyran d’Héraclée, fit délibérément stationner dans un lieu marécageux rempli d’eau croupie l’armée de ses concitoyens dont il voulait se débarrasser....

Alors, que s’est-il passé ensuite ? Pourquoi les populations suivantes, en général, n’ont-elles pas su conserver cette organisation et, surtout, l’hygiène et le traitement de l’eau qui allaient de pair ? Destruction et dégénérescence barbare pensez-vous ? Explication trop simpliste car les Barbares ne sont pas du tout.... barbares, en réalité ! Non, pas si simple.

D’abord, il existait de grandes disparités suivant les régions du monde. En Espagne, par exemple, les Andalous, peuple mixte d’Ostrogoths et de Sarrasins, développèrent énormément l’utilisation des sources thermales précédemment identifiées par les Romains. Toutes les couches sociales s’y rendaient. Les eaux étaient ensuite récupérées au bénéfice des paysans qui s’en servaient pour l’irrigation des champs. En Perse, on veille à l’isolement des cadavres et surtout à leur éloignement de l’eau.


Cet article est extrait du numéro 41

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