ADDICTIONS
- L'alcool et l'histoire : une fascinante saga millénaire.
- L'alcool : une molécule très "subtile".
- L'alcool et la médecine : un couple éternel et mystérieux.
- Le Brésil carbure à l’alcool.
- Souffler dans le ballon… c'est démodé.
- Les interactions alcool/médicaments.
- Modération contre addiction : passer du trop boire au bien boire.

 

 

 

L'alcool et l'histoire : une fascinante saga millénaire
Le périple de l'alcool est parallèle à celui de l'homme. Son origine se perd dans la nuit des temps. Choisissons ici, pour éviter les controverses archéologiques, de la situer dès le Néolitique où l'apparition simultanée de l'agriculture et de la poterie a rendu possible la découverte du phénomène (totalement naturel) de la fermentation.
Nous sommes approximativement à moins 10.000 ans. Très vite, l’homme veut en contrôler l’utilisation qu’il assimile, par ses effets psychotropes, à une puissance magique et la réserve ainsi aux rituels, religieux, initiatiques ou divinatoires mais aussi aux soins médicaux et nutritionnels. Il semble que, d’une certaine manière, se forme alors une sorte de sacralisation de
l’alcool. Il est particulièrement troublant de constater qu’en effet l’alcool va rapidement se charger d’une riche symbolique.
L’ivresse devient initiatique... Nous verrons ensuite toute l’importance de la chose ! Parmi les textes les plus anciens connus ou retrouvés, nous pouvons citer la Genèse, l’Ancien et le Nouveau Testament, l’Iliade et l’Odyssée, des papyrus égyptiens, des hiéroglyphes sumériens et égyptiens, des documents de l’antique Babylone. De leur côté, archéologie et art se rejoignent pour conduire jusqu’à nous pictogrammes sumériens, vases mésopotamiens, tablettes crétoises, sceaux et sculptures égyptiens. Enfin la mythologie nous offre des repères incontestables : Ninkasi, Nid Aba (Babylone), Dio-nysos (Grèce).
Très schématiquement, on s’aperçoit que l’exploitation de la découverte de l’alcool va être récupérée et organisée, pendant des millénaires, par seulement deux corps sociaux ! La sphère religieuse qui détient souvent, ou à tout le moins, éduque et contrôle le milieu scientifique et médical qui lui est contemporain. C’est ainsi qu’en parallèle des divers rituels pratiqués, science et médecine vont ensemble, ou séparément, parvenir à définir d’autres voies. Parmi elles, une des plus éternelles : la parfumerie… Le milieu agricole et commerçant lequel, suivant les régions du monde, les plantes cultivées et la méthode utilisée ( fermentation ou distillation ) déploiera imagination et ingéniosité pour développer une multitude de boissons et organiser un véritable réseau de distribution.


La haute antiquité jusqu’au VI ème siècle avant JC
La Genèse, par exemple, cite Noé comme étant le premier vigneron. Il est écrit : “ Noé planta la vigne et connut l’ivresse… “ En action de grâce, Noé arrosa ses premiers ceps avec, respectivement ,le sang d’un agneau, d’un lion, d’un singe et d’un porc. Il faut y voir une puissante allégorie. Le vin induit progressivement en celui qui le boit les attributs symbolisés par chacun de ces animaux, suivant la quantité absorbée. De l’innocence à… la bestialité, il existe une large palette de sensations
et de comportements !
On a retrouvé des traces de vignes au Moyen-Orient, dans des fossiles datant du début de l’ère tertiaire. Autre trace significative: celle d´une vigne cultivée il y a 7000 ans dans le Caucase. Cette vaste région, allant de la Georgie à la Turquie en passant par l´Arménie, est aussi un berceau important des premiers vignobles de ce monde préhistorique…
La bible, à elle seule, contient plus de 500 citations sur le vin telles que “ sang du raisin ( La Genèse 49, 11) “ ou “ sang de la grappe ( Le Deutéronome 32, 14) “ et joue étrangement avec les notions manichéennes de Bien et de Mal. Suivant les histoires, l’ivresse y est tantôt négative, tantôt nécessaire, faute d’être franchement positive, ainsi la parabole étonnante de Loth et de ses filles ! La Mésopotamie semble être, de son côté, le berceau de la bière qui y est appelée “ sikaru” . L’ancienne Sumer, qui possédait plus de 20 sortes de bières ( à base d’orge surtout), l’utilisait largement lors de cérémonies religieuses. Ninkasi qui signifie littéralement: Toi qui remplit ma bouche !) était leur divinité de la bière.
Dans le célèbre document : L’épopée de Gilgamesh, on trouve de nombreuses références à la bière dont celle-ci :” Mange du pain, mais si tu veux vivre, bois de la bière “. Les brasseurs proposaient également de la bière fabriquée à partir du froment de blé rustique : “ l’Emmer “ , et divers mélanges de manière à rendre les boissons plus savoureuses ( avec du miel, de la cannelle, des épices, et peut-être même du houblon déjà connu à l’époque ). Cette boisson était à ce point importante dans leur civilisation que la profession de “ brasseur “ était la seule à offrir à ses membres un double privilège :
- une exemption de servicemilitaire
- une autorisation exceptionnelle (en tant que laïcs) à participer aux fêtes des Rois.
En Egypte ancienne, des papyrus décrivent minutieusement le processus de fabrication, l’importance de la production et la commercialisation de la bière et du vin (qui était de raisins et de dattes) . Là, ils apportent leurs remarquables connaissances médicales en purifiant et améliorant, notamment, les techniques de fermentation.
Utilisant les propriétés antiseptiques de l’alcool, ils s’en serviront pour lutter contre les parasitoses, notamment la bilharziose endémique des eaux du Nil, et aussi pour purifier l’eau des territoires ennemis (pendant leurs campagnes guerrières) en la mélangeant à leur vin. Les boissons alcoolisées, en général, ont longtemps joué un rôle sanitaire.
La bible ne mentionne d’ailleurs pas l’eau comme boisson, et rares sont les textes grecs y faisant référence. En Chine aussi, les origines de la distillation prennent leurs racines fort loin ! Cette civilisation étant fortement marquée du culte de ses ancêtres, l’alcool est le vecteur honorifique des cérémonies et des libations dédiées à leurs mémoires. Les alcools de céréales (riz, kaoliang, sorgho particulièrement) étaient des boissons très prisées des lettrés chinois…et des gens du peuple ! L’importance de l’alcool dans la culture chinoise était telle que les objets et récipients destinés à le contenir devenaient de véritables instruments de culte tel cet éléphant de bronze : 2ème moitié du second millénaire avant JC/ Chine du Sud Zun Camondo (récipient à alcool) Epoque Shang .
Le terme général de “ zun “ désigne des coupes à alcool dont les formes varient de celle d’un calice à d’autres plus zoomorphes. De plus, afin d’accentuer la portée magique de tels actes , ils sont fabriqués dans une matière rare (jade par exemple). Ils connaissaient aussi la bière (depuis au moins le 23ème siècle avant JC.) fabriquée de façon plus élaborée que celle des civilisations riveraines de la
Méditerranée à la même époque. Le “ Tsiou ou Kiu” est effectivement
une boisson à base de millet, bien clarifiée et à la fermentation achevée. C’est une véritable boisson.
L’antiquité jusqu’au VI ème siècle après JC Mais bière et vin ne sont pas alors les seules boissons fermentées consommées.

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L'alcool : une molécule très "subtile".
Un grand solvant qui va chercher les molécules les plus cachées dans les sucs organiques, un excellent carburant, l'alcool, après l'eau, est pour la Nature un corps indispensable.
Qu’est-ce que l’alcool ? En chimie, c’est le nom d’une fonction (groupement chimique hydroxyle formé d’un atome d’oxygène lié à un atome d’hydrogène, - OH) que l’on trouve dans de multiples molécules organiques.
De ce fait, on appelle " alcools " celles dont le squelette carboné porte un ou plusieurs groupes fonctionnels -OH comme le “méthanol” (CH3OH), “l’éthanol” (CH3CH2OH) ou le “glycérol”(CH2OHCHOHCH2OH). Le méthanol, s’il est présent en grande proportion, est à l’origine de la toxicité de l’alcool dit “frelaté” . Selon que l’atome de carbone portant le groupe caractéristique
-OH est lié à 1, 2, ou 3 atomes de carbone, l’alcool est dit primaire, secondaire, ou tertiaire.
Tous les alcools peuvent êtres impliqués dans des équilibres chimiques produisant des esters (molécules à fort pouvoir aromatique).
Les alcools sont également présents dans de nombreuses denrées d’origine végétale et animale, en faible quantité il est vrai, et souvent aussi dans des molécules complexes comme les hormones (stérols, œstradiols, ....). Au sens large, l’alcool est utilisé dans les Arts et l’Industrie, en tant que “solvant” , “liant” et “diluant”. Une de ses particularités fondamentales est d’agir profondément sur les particules protéiques. Nous verrons les répercussions de ce phénomène dans le chapitre “ médecine “. Extrêmement volatile, il est miscible à l’eau, en toutes proportions, ainsi qu’à l’huile (d’où sa fonction d’agent émulsifiant) et à de nombreux solvants organiques .
L’alcool, en tant que terme générique désignant les boissons alcoolisées, implique la molécule d’éthanol, encore appelée alcool éthylique. L’éthanol CH3CH2OH, est une molécule très simple, produite par une fermentation anaérobie des sucres ou de matières premières contenant de l’amidon. Dans ce dernier cas, l’amidon doit d’abord être transformé en sucres fermentescibles. L’alcool se présente sous la forme d’un liquide incolore, déjà liquide à température ambiante. Son odeur est agréable et très caractéristique, comme vous le savez ! De saveur brûlante, il bout à 78,5°C et a un pouvoir calorique élevé !
L’alcool pur est un poison pour tous les organismes au delà d’une concentration de 15-16% . La plupart des bactéries ne survivent pas, par exemple, dans une solution d’éthanol à 70%.

Une notion basique
le degré alcoolique correspond au pourcentage d’alcool pur en volume (mesuré après distillation). Il représente donc le nombre de cm3 d’alcool éthylique pur contenu dans 100 cm3 de vin mesuré à 20 °C. Pour passer du titre alcoo- létrique volumique en teneur en alcool en g/l, il suffit de multiplier par 10 et par la densité d20 de l’alcool (O,78935). En France et dans quelques autres pays, c’est la formule issue des travaux de Gay- Lussac qui sert de base à ces calculs. Examinons à présent les deux grands processus de fabrication d’alcool : la fermentation et la distillation.
La fermentation : C’est le procédé le plus ancien, utilisé pour la fabrication de toutes les boissons alcooliques , notamment le vin , la bière ou le saké. Le terme fermentation vient du latin “ fermentare “ qui signifie transformer, et ce, sous l’action d’un agent: le ferment.
L’éthanol est obtenu par la fermentation de différents sucres par certaines espèces de levures (voir plus loin) ou des moisissures (Aspergillus, Penicillium, Mucor). L’action de la zymase, sécrétée par la levure, transforme les sucres simples (comme le glucose et le fructose) en éthanol et gaz carbonique et dégage de la chaleur ainsi que des produits secondaires dont les plus importants sont le glycérol, l’acide succinique, l’acide acétique (celui du vinaigre), l’alcool amylique et des centaines de substances aromatiques. Une fermentation réussie nécessite une température comprise dans une plage moyenne: 10°C - 32°C et un pH qui maximise l’activité enzymatique (surtout pas trop acide). Elle peut se dérouler en plusieurs phases. Examinons séparément levures et sucres nécessaires.

LES LEVURES
On connaît plus de 350 espèces de levures regroupées en 39 genres. Ce sont des champignons microscopiques aux cellules ovoïdes et de tailles variables, généralement entre 3 et 7 m m, et qui différent par leur caractères botaniques, morphologiques et biochimiques. Les champignons unicellulaires, notamment, sont les premiers micro-organismes que l’homme a utilisés.
Cellule de levure en bourgeonnement (taille réelle 5 om) Une petite hernie apparaît en un point de la surface d’une cellule mère , grossit et s’étrangle. Le bourgeon ou cellule fille peut alors se détacher et répéter la même opération ! La levure la plus connue est “ la levure de bière”.
Dans le cas du vin, les levures se trouvent sur la peau du grain de raisin, dans une matière cireuse appelée “ pruine “. Il faut préciser, toutefois, que si la qualité de cette levure propre au raisin ne permet pas une fermentation correcte, le viticulteur aura recours au “ levurage”, technique par laquelle il rajoute de la levure au processus naturel. Les levures vivent et se reproduisent, comme tous les organismes vivants, grâce à la source d’énergie puisée justement dans les sucres. Il existe plusieurs sortes de levures.
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L'alcool et la médecine : un couple éternel et mystérieux
Le dossier sur l'histoire de l'alcool a permit de mesurer l'impact profond que sa découverte a exercé sur la Médecine de toutes époque. En libérant ces minuscules molécules d'éthanol, la fermentation a offert aux hommes un instrument dangereux car puissant, mais aussi indispensable car polyvalent. De ses vertus à ses méfaits, il est nécessaire de bien connaître pour appréhender la complexité de son action sur l'individu dans sa globalité corps/esprit…
L’alcool : une molécule très puissante
L’alcool est capable du meilleur... et du pire, selon l’usage que vous en ferez. Parmi ses facultés particulières ayant un effet positif sur l’organisme (voie externe ou interne sous réserve d’une absorption modérée), on remarque :
- A dose faible (0,5g / kg de poids corporel), il constitue un aliment énergétique, environ 30 kJ/g mais l’effet est éphémère !
- Il possède aussi de remarquables propriétés plaquettaires lorsqu’il est absorbé sous forme de vin (à priori uniquement mais cette exclusivité semble contestée par de récentes découvertes médicales - voir fin du chapitre).
- Il est fortement bactéricide et bactériostatique, avec une relative innocuité, à condition d ‘avoir une certaine hydratation, entre 45° et 70° (l’alcool pur est inopérant car il ne peut pas pénétrer dans les cellules !)
- Son action tranquillisante sur le système nerveux l’a fait utiliser, autrefois, comme anesthésique dans certaines interventions chirurgicales.
Mécanismes d’actions sur l’organisme humain : effets physiologiques
Au niveau cellulaire : un des milieux de prédilection de l’alcool éthylique.
Non seulement, l’alcool désorganise les protéines qui la composent, mais de ce fait, perturbe le passage des divers éléments qui y transitent. Il faut distinguer deux cas :
- l’absorption aiguë et ponctuelle : la membrane va d’abord se fluidifier puis reprendre son
état normal après élimination de l’alcool.
- l’absorption chronique : l’organisme va s’adapter en modifiant le processus du passage des échanges cellulaires. C’est à dire qu’il va “jouer” sur la fluidité de la membrane (augmentation du rapport cholestérol / acides gras des phospholipides). Ceci fonctionnera tant que les phospholipides de la membrane ne seront pas trop désorganisés par l’action de l’alcool.
Ensuite, la membrane se rigidifie rendant ainsi plus difficile le passage de l’alcool. L’individu se trouve alors face à la résistance de sauvegarde de son corps. S’il veut obtenir les mêmes effets qu’avant, il doit élever toujours davantage les doses ingérées, de façon à “ forcer” la rigidité des cellules ! Une telle escalade va générer le curieux phénomène de la “ dépendance “. Il se traduit par une sorte de “ pacte d’alliance “ entre la cellule et l’alcool. Celle-ci, merveille d’adaptation, ne va pouvoir continuer à fonctionner à peu près normalement, à ce stade, que si elle baigne justement toujours dans l’alcool. Le refus initial est devenu besoin organique ! D’où l’accumulation progressive de graisses et de cholestérol dans le corps des personnes alcooliques. Au niveau sanguin : Absorbé très vite, sans être détruit ni transformé, on peut déjà quantifier le degré d’alcool dans le sang après cinq minutes. Cependant, c’est vraiment à partir de 30 à 90 minutes que l’on mesure le niveau le plus élevé. Certains facteurs accélèrent en plus sa diffusion dans le sang :
- le degré alcoolique de la boisson.
- l’ingestion à jeun (15 à 30 minutes).
- la faible teneur en sucre de la boisson.
D’autre part, il a été prouvé qu’une consommation simultanée d’aliments protéiques ou de sucres abaisse l’alcoolémie (respectivement de 35% et 50%). L’alcool, contrairement aux autres nutriments, ne peut être stocké dans les tissus. Il doit obligatoirement être oxydé et métabolisé aussitôt. Or, une seule enzyme peut le faire ! Elle se trouve surtout dans le foie.
Au niveau du foie : Celui-ci ne peut brûler qu’une quantité limitée d’alcool (environ 90%, chiffre légèrement variable suivant les individus), relativement à la quantité et à la fréquence d’absorption. Le reste est éliminé par les poumons, les reins et la peau (ce qui permet les dosages via l’haleine ou l’urine). Mais, pour cela, le foie a besoin de temps ! (environ 2 H pour quelqu’un de 75 Kg). Le foie va le métaboliser en acétate (acide lactique), en priorité, et au
détriment d’un autre processus fondamental. En effet, le foie Entre polémiques, découvertes et extrapolations scientifiques, voici un bref panorama de quelques résultats de recherches médicales et universitaires :
Une étude néerlandaise : faite de 1993 à 1999, sur une population de 5 395 personnes âgées de 55 ans et plus, a permis de déterminer qu’absorber entre 1 et 3 boissons alcoolisées chaque jour diminue de 42% les risques de démence en général (dont la maladie d’Alzheimer), et de 70% ceux de démence vasculaire résultant d’accidents vasculaires cérébraux. C’est du moins ce qu’affirment les chercheurs de l’Université Erasme de Rotterdam, dans la revue britannique “The Lancet” .
Le french paradox : né il y a près de 20 ans lorsque statisticiens et cardiologues anglosaxons se sont intéressés aux données sur les maladies coronariennes comme l’infarctus du myocarde. Le pourcentage des populations les moins touchées présentait une nette diminution en faveur des peuples du Sud (surtout la France).
Le principe actif n’en est pas formellement identifié mais certaines substances contenues dans le vin rouge, comme les composés phénoliques, semblent diminuer l’agrégation des plaquettes sanguines, contribuant ainsi à diminuer le risque de caillot dans les artères. Depuis, les travaux du Pr St Léger (GB) en 1979, du Pr Renaud (France) en 1992, du Pr Klatsky (USA), du Pr Farci (Italie) , du Pr Gronbaek (DK) en 1995, se recoupent. Leur conclusion: une consommation de vin inférieure à un 1Ú2 litre de 12° par jour pour les hommes et à 1Ú4 pour les femmes contribuent à réduire l’apparition d’athérosclérose (par les polyphénols), diminuer le phénomène de thrombose (par le resvératrol), et encore bien d’autres bienfaits (diminue aussi le risque de “ diabète sucré”). Ceux-ci, initialement attribués au vin rouge, s’élargissent à la molécule d’alcool elle -même, quelle que soit la boisson. Aujourd’hui encore, le “French paradox” continue de faire couler beaucoup d’encre (et peutêtre aussi de l’alcool !) dans les congrès internationaux !

Chocolat-Alcool : un lien de famille
En effet, ce lien s’appelle : tétrahydro- bêta-carolines (TBC). Ce sont des composés chimiques du genre alcaloïdes neuroactifs qui délivrent les sensations agréables éprouvées lors de la consommation d’alcool et de chocolat fins. Cette découverte a été relatée dans la revue: “ Journal of Agricultural and Food Chemistry “ en 2000 par son auteur Tomas Herraiz du Conseil espagnol pour la recherche scientifique. C’est dans le but d’approfondir les connaissances sur les TBC, aux propriétés encore mystérieuses, que ce rapprochement avec les composés présents dans l’alcool fin a été fait. Alors que dire des chocolats à la liqueur ?

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Le Brésil carbure à l’alcool
Créé en 1975, au lendemain du premier choc pétrolier, le programme national Pro- Alcool du Brésil a cherché à développer une alternative au pétrole. Une filière de combustible renouvelable, fondée sur l’éthanol et obtenue à partir d’alcool de canne à sucre. Volontariste, mêlant aides directes aux producteurs sucriers et surtaxes du gazole et du super (un plein d’éthanol coûte presque 2 fois moins cher qu’avec de l’essence normale), l’initiative a permis au Brésil de maintenir une -relative - indépendance énergétique. Aujourd’hui 22 % des véhicules, majoritairement des poids lourds, roulent à l’alcool. De quoi rendre le pays autosuffisant sur 70 % de ses besoins en transports routiers.
Dans les faits, cette expérience grandeur nature de biocarburants n’est pas si idyllique.
Elle est tout d’abord très polluante. “Chaque litre d’éthanol produit 13 litres de résidus hautement polluants et rejetés dans les cours d’eau” rapporte Novethic. Grassement subventionnée, la culture de canne à sucre s’est répandu sur toutes terres disponibles.
Sinon plus. Profitant aux grands propriétaires terriens et bousculant l’agriculture vivrière des petits exploitants. Enfin, la qualité de l’éthanol produit est à ce point disparate, inégale, que le secteur de la voiture individuelle préfère les modèles à essence.
Des écueils à méditer pour toute politique industrielle de distillation de la biomasse. La mise au point d’un moteur bi-carburant - le “Flexfuel”, qui fonctionne autant à l’essence qu’au l’alcool hydraté - va peutêtre changer la donne. En parallèle à la flambée des cours du pétrole, durant les huit premiers mois de l’année 2004, 24 % des voitures neuves vendues au Brésil étaient équipées de ce nouveau moteur. D’abord réticents, Volkswagen, Fiat, Ford, Renault ont sorti des modèles à motorisation bi-combustible.
Début novembre, la première Clio “Flexfuel” est sortie des chaînes de montage. Des versions Scenic et Logan suivront en 2005. Un premier avion fonctionnant à l’éthanol, l’Iparema, a été conçu par le constructeur brésilien Embraer. La production actuelle de l’éthanol est répartie entre 320 usines, qui traitent 389 millions de tonnes de cannes à sucre. Soit 40 % de la production mondiale. D’ici 2010, le Brésil s’est fixé l’objectif d’augmenter sa production de biocarburant de 55 %. C’est à dire passer de 154 millions d’hectolitres à 240 millions. Marché visé : l’exportation. Destination la Chine par exemple.

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Souffler dans le ballon… c'est démodé
Après plusieurs décades de bons et loyaux services, une batterie de nouveaux systèmes s'apprête à prendre la relève du bon vieil alcootest, celui à l'éthylomètre. Plus fiable, plus discrets. Plus chers aussi.
Chercher l'alcool
La première limite de l’alcootestest que quelques heures après consommation, l’alcool n’est plus détectable dans le corps. Enfin pas tout à fait. Si l’haleine redevient ce qu’elle était, d’autres traces chimiques subsistent rappellait un article du New Scientist en février 2004. 1 Car désormais, pour obtenir le portrait robot des habitudes de boisson d’une personne, ou remonter plusieurs jours en arrière, des tests existent. Ils se font en labos, à partir d’échantillons d’urine ou de mèche de cheveux et à l’aide de marqueurs chimiques, métabolites formés des suites de la présence d’alcool, que les chercheurs connaissent de mieux en mieux. Outre le test sur la gammaglutamyltransférase (GGT) habituellement prescrit en France, d’autres molécules d’alcoolisation ont été repérées.
L’éthyl glucuronide (EtG) est présent par exemple dans l’urine jusqu’à 5 jours après la consommation d’alcool initial. Sa présence, combinée à l’absence d’alcool en tant que tel, s’interprète en général comme le témoin de l’état de “gueule de bois”.
Un autre indicateur, le phosphatidyléthanol (PEth), perdure lui dans le sang durant les trois semaines qui suivent le moment où la consommation quotidienne d’alcool devient supérieure ou égale à 3 bières par jour. 2 Parmi ces indicateurs à long terme, le cheveu lui-même a son mot à dire. Sa concentration en esters d’acides gras d’éthyl, dont les premières molécules n’apparaissent que 12 ou 18 heures après consommation, permet de retracer l’historique et les quantités d’alcool absorbées. Pour l’instant seuls 4 acides gras sont conjointement recherchés, mais une dizaine d’entre eux ont été clairement identifiés comme liés à l’éthanol.
Suivre le mouvement ? Mais, me direz-vous, les effets de l’alcool se voient. Cela modifie le comportement, impacte l’équilibre, la coordination, la précision des gestes. Pourquoi chercher alors à précisément identifier le taux exact de présence de telle ou telle substance ? Veillons plutôt à déterminer si la personne est apte ou non à prendre le volant, quoi qu’elle ait absorbé. C’est une voie de recherche effectivement explorée.
On discerne même deux écoles. Ceux qui font les mesures avant de conduire et ceux qui s’efforcent de les faire pendant. L’Université de Bristol s’est illustrée en 2002 à travers une étude comparant les temps de réaction, le délai observé entre le mouvement de l’œil et la coordination motrice. Les résultats - obtenus en laboratoire, sur un jeu de simulation de conduite automobile - ont été sans équivoque. Plus la personne a bu d’alcool, plus son temps de réaction se réduit.
A jeun, en situation normale, un conducteur repère un virage un peu plus de 8 dixièmes de seconde avant de commencer à tourner le volant. Après deux verres de vodka, ce temps tombe à 5 dixièmes de seconde. Autrement dit, on reste capable de réagir mais plus d’anticiper.
Le système utilisé - qui combine caméra, analyse du regard et direction assistée par ordinateur - peut tout à fait être installé sur une voiture. Comme une vigie automatique, embarqué, qui chronomètre ce temps en permanence et sonne l’alarme, voire arrête le véhicule si le chauffeur n’est plus en état de conduire. Qu’il s’agisse d’alcool ou de fatigue. Seul hic : le coût, estimé à l’époque à 30 000 Livres (soit environ 45 000 euros).
L’expérience menée été 2003 par la police scientifique de St- Alban, dans le Pays de Galles, en Grande-Bretagne également, apparaît beaucoup moins onéreuse. Ceux-ci ont développé un “détecteur d’ivresse” portatif, qui s’appuie sur un duo de test assez simples, installés sur un pda et qui durent 10 minutes au total. Elaborés par l’Université de Surrey, ces tests en forme de jeu électronique s’attachent à évaluer la concentration, le contrôle moteur et la capacité de réaction devant l’imprévisible. Le premier utilise le stylet du PDA pour suivre le mouvement d’un petit objet sur l’écran.
Mais, parfois, un second objet apparaît et clignote. Il faut alors presser un bouton durant tout son temps de présence. Sans cesser bien sur de suivre le premier. Le second test est composé d’une suite de panneaux de signalisation, qui s’affichent successivement à l’écran toute les secondes. Tous demandent à être validé sauf un - convenu à l’avance et dont lequel le sujet testé est informé. L’objectif étant de vérifier sa capacité de vigilance. Le verdict apparaît ensuite, sans appel. Oui, non, peut-être. Les premiers résultats, obtenus sur un échantillon de 170 volontaires, se sont révélés suffisamment encourageants pour continuer le projet. D’après les concepteurs eux-mêmes, deux années d’essais supplémentaires sont encore à prévoir avant de distribuer l’outil aux forces de police.

Attention les yeux
L’ensemble de l’examen dure 1 mn 30. Le globe oculaire collé face à une caméra. Objectif : suivre du regard un point qui va & vient en arrière-plan. Le tout rappelle une scène de film d’anticipation, un test utilisé pour détecter des réplicants. Mais ce n’est pas de la sciencefiction. L’appareil s’appelle le SafetyScope. Et ce test oculaire a été mis au point et commercialisé par Eye Dynamics, une société californienne. Au cours de l’examen - fiable à 97 % affirme la compagnie - une vingtaine de paramètres sont passés au crible. Des réflexes oculaires involontaires à la taille de la pupillle. Comme dans le cas des alcootests comportementaux, le SafetyScope ne cherche pas à connaître le taux d’alcool dans le sang ou le type de substances
ingérées. Ce qui compte, c’est de savoir si oui ou non la personne est en état de conduire ou d’accomplir la tâche qu’on attend d’elle. Outre l’utilisation en entreprises - pour vérifier l’aptitude de leurs employés à effectuer certains travaux.

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Les interactions alcool/médicaments
Que ce soit en médecine d'urgence (intoxication, suicides) ou en pratique quotidienne, il faut toujours avoir à l'esprit les antagonismes ou au contraire les potentialisations réciproques entre l'ingestion d'alcool et la prise de médicaments.
Les mécanismes des interactions éthanol/médicament peuvent être d’origine pharmacodynamique (l’effet médical est modifié à même concentration) ou d’origine pharmacocinétique (l’alcool joue alors sur la concentration du médicament...et vice -versa).
Les interactions pharmacodynamiques
En médecine allopathique, tout effet pharmacologique repose sur l’existence d’un récepteur sur lequel se fixe le produit actif. Mais ce produit peut agir sur d’autres récepteurs, dont le nombre ou l’efficience pourront être dépendant de la présence aïgue ou chronique, d’éthanol.
Potentialisation des effets sédatifs
L’éthanol est un dépresseur du système nerveux central (voir page 18) qui induit somnolence et sédation, et jusqu’au coma à forte dose. Cette dépression centrale est précédée par une phase d’euphorie et d’excitation psychomotrice, définissant l’ébriété. L’éthanol et de nombreux tranquillisants ou sédatifs (benzodiazepines, barbituriques) agissent sur les neurones par l’intermédiaire du même médiateur, le GABA, lequel agit sur un récepteur cellulaire de la membrane qui, en permettant une entrée massive des ions chlorure entraîne une hyper polarisation membranaire responsable de l’inhibition synaptique : c’est la sédation. Ainsi alcool+tranquillisant ont des effets strictement cumulés, et l’on parvient très vite à des effets sévères sur la vigilance, donc à un danger pour les conducteurs... et leurs voisins. Les mêmes types de risques se retrouvent avec des sédatifs, les analgésiques morphiniques, les anxiolytiques, les hypnotiques, les neuroleptiques. Concernant les antidépresseurs, certains sont très sensibles (les tricycliques comme la doxépine) alors que d’autres (clomipramine) ne jouent pas sur la vigilance. Contrairement à une opinion répandue, la caféine ne constitue pas un antagoniste des effets dépresseurs de l’alcool. L’effet amnésiant (jusqu’au “trou noir “ de plusieurs heures) d’une potentialisation alcool/tranquillisant dépend du type de médicament, il est maximum avec le rohypnol et l’halcion, largement utilisés par quelques fripouilles pour dévaliser ou violer leurs victimes.

Les interactions pharmacocinétiques
L’éthanol est une petit molécule facilement résorbée par la muqueuse digestive, 80% l’étant au début de l’intestin. Lors d’une ingestion de quantités aiguës d’alcool, on constate un retard de la vidange gastrique par spasme pylorique. La biodisponibilité des principes actifs absorbés avec l’alcool pourra être diminuée ou accrue en fonction de leur solubilisation en pH acide de l’estomac : certains médicaments qui normalement “ne font que passer”, comme la néomycine ou le niclosamide (vermifuge) peuvent alors passer dans le sang à forte dose... et ne plus agir dans l’intestin, là où le prescripteur les destinait... D’autres médicaments acides, comme l’aspirine, les barbituriques (encore eux !) ou certains anti-inflammatoires, passeront facilement dans le sang à l’occasion de ce spasme pylorique.

Les modifications du métabolisme
Une ingestion aiguë d’alcool peut entraîner un effet hypoglycémiant en raison du ralentissement de la néoglucogenèse hépatique par l’éthanol. A long terme, une intoxication alcoolique chronique entraîne une acidose lactique (crampes musculaires) et une hypoglycémie quasi-permanente. Cette acidose réduit la capacité excrétoire du rein vis-à-vis de
l’acide urique, d’ou apparition d’hyperuricamie : le tableau classique de “l’intempérant” qui subit des crises de goutte. Une cure de diurèse avec eau alcalinisante (plus pour soulager la muqueuse gastrique que pour alcaliniser le sang...) comme la St Yorre sera indiquée dans les lithiases uriques.

L’éthanol et l’ADH (alcool déshydrogènese)
L’éthanol est en partie absorbé au niveau de l’estomac, où a lieu une première élimination par l’ADH, une enzyme qui transforme l’alcool en acétaldéhyde. Certains médicaments, comme la cimétidine, utilisés pour le traitement des ulcères gastriques diminuent l’action de l’ADH, avec pour conséquence une augmentation de l’alcoolémie. Il en est de même pour l’aspirine. Mais l’ADH constitue la principale enzyme du métabolisme de l’éthanol au niveau du foie. Il est d’ailleurs à noter que les femmes, ainsi que certaines populations asiatiques, présentent un déficit notable en ADH hépatique. Un neuroleptique, la chlorpromazine, inhibe l’ADH, et son administration avec de l’éthanol augmente l’alcoolémie. L’interaction avec l’ADH peut être utilisé pour traiter les intoxications par d’autres alcools que l’éthanol, comme l’éthylène glycol (un produit antigel retrouvé souvent en toxicologie) ou le méthanol (alcools frelatés). Ces deux alcools sont métabolisés par l’ADH en aldhéhydes, puis en acides (respectivement l’acide formique et l’acide oxalique) par un second enzyme : l’aldhéhyde de désydrogénèse . Ces deux acides formés sont fortement toxiques. Ainsi, lors d’intoxication par l’antigel ou le méthanol, le traitement repose sur la prise de fortes doses... d’alcool éthylique qui purge le foie de son ADH, interdisant la fabrication des acides toxiques.

L’effet Antabuse
Si l’éthanol se transforme en aldéhyde par l’action de l’ADH, il faut très vite que cet aldéhyde soit transformé en acétate par le second enzyme aldéhyde déshydrogénase (ALDH), car l’effet cumulatif des aldéhydes entraîne un malaise général avec sensation de rougeur, fourmillement, céphalées, tachycardie, hypotension pouvant aller jusqu’au collapsus. Incidemment certains vins blancs possèdent dans leurs arômes des aldéhydes... attention !). Or certains médicaments peuvent inhiber l’ALDH, le plus connu étant le disulfiram (ou Antabuse d’où le nom “d’effet antabuse” donné à cette réaction d’accumulation des aldéhydes entrainé par ces médicaments (Antabuse, Tifomycine, Grisefuline, Nizoral, Flagyl, etc.) Cet effet est utilisé chez les alcooliques chroniques comme aide au maintien de l’abstinence.

L’éthanol et le cytochrome P450
Les cytochromes sont des grosses molécules apposées à la membrane des vésicules du réticulum endoplasmique, en particulier dans les cellules hépatiques. Leur rôle : capter certaines molécules et les “coincer” localement pour permettre leur transformation chimique. Des sortes d’étaux permettant un fin travail métabolique. Les cytochromes sont inductibles (ils sont produits en fonction “de la demande”) et voient leur activité augmenter ou diminuer sous l’influence de divers agents, dont l’éthanol. Le plus important des cytochromes hépatique est le P450, et l’interaction P450/éthanol sera différente selon que l’alcoolisme est aigu ou chronique.
Chez les buveurs occasionnels, c’est l’ADH qui est la voie principale des transformations de l’alcool... Une bonne gueule de bois, et c’est fini, les P450 n’étant (inductible) que secondaire. Chez le buveur chronique, le P450 vient en première ligne, se trouve multiplié sur le réticulum, et agira sur d’autres médicaments qui verront leur biotransformation accélérée.
C’est le cas de nombreux anti-épileptiques, de la méthadone, des biguanides hypoglycémiants, des benzodiazépines, des barbituriques, des antivitamines K, etc. Biotransformation accélérée veut dire efficacité moindre dans l’effet et dans le temps... Cet effet de transformation accélérée est particulièrement dramatique avec le paracétamol.
Chez un buveur occasionnel, la prise concomitante de paracétamol, dans un but suicidaire par exemple ne sera pas très grave, car c’est l’alcool qui sera métabolisé préférentiellement, le paracétamol étant stocké pour plus tard : les métabolites toxiques du paracétamol n’apparaissent pas, ou tout au moins pas à forte dose. Mais chez un alcoolique chronique, qui a induit par ses prises répétées un très important équipement enzymatique en cytochromes, le paracétamol sera “bien accueilli” et très rapidement métabolisé avec deux conséquences :
- un raccourcissement de l’effet antalgique du paracétamol (on a alors tendance à en reprendre).
- Une plus grande production du métabolite toxique avec risque d’hépatite.
- En anesthésiologie, on doit également tenir compte de l’état d’éthylisme d’un patient à opérer : les anesthésiques de type enflurance ou halothane voient également leur métabolisme accéléré chez les buveurs chroniques, et la surveillance de l’induction hypnotique est beaucoup plus délicate. On ne peut terminer cet exposer sans noter le cas particulier de la femme enceinte, dont tous les métabolites, physiologiques ou médicamenteux, passent dans le sang d’un fœtus dont les tissus en formation sont beaucoup plus sensibles aux moindres écarts toxiques.

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Alcool et dépendances. Modération contre addiction : passer du trop boire au bien boire.
Comme le tabagisme tumorifère, l'abus d'alcool est soudainement devenu un enjeu majeur d'une société qui de morale est devenue comptable. Aussi, ces modes de vie culturellement très incorrects sont passés du statut de calamités à anéantir pour devenir des problèmes à résoudre; alors, il faut bien en poser les données.
Pour un fumeur qui veut quitter ses habitudes nicotinisées, les voies sont toutes balisées : collègues compatissants, médecins désormais avertis, pharmaciens accueillants, restaurateurs sourcilleux. Tout un encadrement social, législatif, pharmacologique, avec un but unique et très précis : le sevrage rapide et complet, et la promesse absolue (sinon, quel manque de volonté !) de ne plus toucher un brin de tabac. Avec un taux d’échec de plus de 80 %, il faut des tentatives répétées dans un contexte toujours plus contraignant pour obtenir des résultats somme toute positif : en France, plus de cinq millions de personnes ont arrêté de fumer en dix ans.
L’alcoolisant, lui, est bien plus démuni et solitaire dans sa démarche de sevrage. Et il s’aperçoit vite que contrairement au fumeur, qui est constamment encouragé, il doit, au moins dans notre contexte français, avancer masqué pour éviter de porter l’étiquette “d’alcoolo”, vite décernée à ceux qui, en voulant publiquement décrocher, signalent ipso facto leur faiblesse...
En France, l’alcool est un sujet culturel Les occasions ne manquent pas, dans la vie familiale ou professionnelle de lever le verre et de communier au cours d’une cérémonie où l’on va ingérer de l’alcool. Anniversaires, départs à la retraite, fêtes religieuses ou laïques... Tous ces évènements comportent un rituel qui repose sur des codes, des règles, des procédures. Lever le verre ensemble, c’est partager. Mais on sait que l’alcool est un psychotrope qui fait déraper ;
Alors on affine les règles (interdiction aux mineurs, aux femmes enceintes, “un verre ça va”...), mais on garde le rituel.
Car boire, en France, est un acte de culture, et non un acte de nature. Et s’abreuver avec des produits réputés sains (“le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons”, aurait affirmé notre Pasteur national), c’est aussi encourager nos agriculteurs dans un métier copié et concurrencé outrageusement (“Ils” chaptalisent sans contraintes, “Ils” utilisent des copeaux de bois au lieu de nos barriques...). Celles et ceux qui respectent les codes (donc qui ne boivent pas d’eau, mais qui ne s’ennivrent pas non plus) reçoivent en permanence leur brevet de sa- voir-boire. Roland Barthès (1957) a donné une célèbre définition du savoir-boire : "c’est une technique nationale qui sert à qualifier le français, à prouver à la fois son pouvoir de performance, son contrôle et sa sociabilité".
Pouvoir de performance Longtemps, le buveur “performant” était celui qui pouvait s’enquiller trois, cinq voire huit verres, sans trahir les symptômes de l’ivresse (“Il est parti, droit comme un I”). Mais aujourd’hui, s’il prend le volant, le même “champion” de la descente devient aussitôt un inconscient, un asocial qui sera montré du doigt.
Aussi, ce pouvoir de performance glisse petit à petit vers un contrôle de soi, de sa consommation, plutôt que de ses capacités physiologiques à “tenir le coup”. Contrôle Il rejoint le précédent : le savoir-boire implique que le buveur “se connaît bien” et ne boit que par plaisir, et pour se conformer au rite. Mais qu’en aucun cas il ne cède à des besoins plus importants et ne perde son contrôle. On pourra admettre un accident (“Il est tombé dans une embuscade”) mais au-delà, c’est le diplôme “d’alcoolo” qui est décerné, une étiquette désormais infamante.
Sociabilité En France, on ne boit pas seul. Ou alors, on est salement touché. Dans les séries américaines (Dallas en est l’archétype), les personnages de tous poils ont un réflexe étonnant pour nous autres, cette manie de se remplir un verre de whisky en arrivant au bureau, au salon... puis de s’adresser au voisin : -” Vous en voulez aussi ?” Quels goujats ! De vrais saöulitaires ! En France, le savoir-boire est un élément essentiel du savoir-vivre ; Et il est de bon ton, avant de lever le coude, de lire ensemble l’étiquette de la bouteille, de partager des connaissances sur le breuvage qu’on va doucement déguster avec moults commentaires prudents, interrogatifs, enthousiastes- ...selon le cas.
De la murge masculine au bistro à la beurrée féminine au foyer...
L’alcoolisme est un terme générique, qui s’attache sans précisions à l’alcoolisme des hommes. Ceux qui s’imprègnent dans des lieux publics, et qui donc sont victimes d’une trop forte intégration (imprégnation) sociale. Qui se ressemble et s’assemble, à la tienne à la mienne etc. L’alcoolisme chez la femme est bien différent et surtout plus discret.
Il est la conséquence, à l’inverse, d’une trop faible intégration sociale, de la solitude, d'une impression de rejet. Il s’opère clandestinement, au foyer, et il est fortement culpabilisant. La femme voit très vite apparaître sur elle les stigmates de l’intempérance. Quant à la pression sociale, elle est intransigeante : si l’homme peut encore passer pour un joyeux pochetron, casse-pieds mais bien brave, avec qui on peut en début de cuite avoir quelques conversations, la femme imbibée “provoque l’horreur silencieuse, la pitié, l’indignation morale” (Ludovic Gaussot - 2004). Autres temps, autres mœurs...
On voit apparaître chez les jeunes femmes un mode de vie androgyne qui passe aussi par les bars, et par des cuites épiques. “ Ce sont des nanas qui assurent” dans leur sphère conviviale. Mais elles sont déjà dans la ligne de mire des hygiénistes, dans le cadre du SAF ( Syndrome d’alcoolisme Fœtal). A quand l’éthylotest chez les gynécologues ?

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