|
ANGELINA VIVA
Université
de Laval - Canada
Tous nos remerciements à
l' auteur...
Leau qui nourrit
Laquaranching : des bancs de poisson sous contrôle
Tripler en vingt ans lapport des océans en protéines
animales ! La pêche traditionnelle a dépassé
ses limites, les capacités côtières daquacultures
sont atteintes : il faut élever les poissons en pleine mer,
cest laquaranching. Si nous laissons faire, tout
ce que nos enfants pourront tirer des océans, se résumera
à un bouillon de plancton ! Cette affirmation pessimiste
du biologiste Daniel Pauly dans le New York Times, est partagée
par de nombreux connaisseurs de la filère aquacole.Selon
les zones et les écosystèmes, 28 % des stocks de poissons
sont à la limite de lextinction, 47 % en déséquilibre
précaire.Et comme la consommation de poisson, qui a doublé
au plan mondial entre 1973 et 1997, est encouragée par les
nutritionnistes et les distributeurs, et avec le développement
social et démographiques des pays asiatiques déjà
gros consommateurs
il faut sattendre à un prélèvement
encore accentué des faibles ressources jusquici épargnées.Dans
cinq ans, nous aurons infligé aux océans léquivalent
aquatique de bombes à neutrons : lenvironnement marin
semblera intact, mais tous ses habitants auront disparu !On le sait
maintenant, les moratoires et les zones de réserves halieutiques
sont des procédés illusoires. Contrairement aux marmottes
ou aux macareux, les poissons dérivent sans arrêt,
on ne peut les fixer.
Oui, mais disent les agronomes de la mer, nous allons pousser laquaculture.

Ce discours tenait la route, il y a dix ans. Mais désormais,
laquaculture se trouve bridée de plusieurs manières
:
- les aquacultures terrestres nont plus de place pour se développer,
elles demandent toujours plus deau et dénergie.
Seule la géothermie (voir article précédent)
peut les maintenir. Mais avec des effluents azotés désormais
montrés du doigt et sévèrement contrôlés.
- Les zones côtières, où lon peut placer
des cages immergées, sont désormais saturées,
et ces zones souvent touristiques refusent toute densification des
structures daquacultures. Cest quun centre de
production de 200 000 saumons, comme on en trouve en Ecosse ou en
Norvège, évacue en phosphore et en azote léquivalent
dune ville de 20 000 habitants.
- La plupart des espèces délevages à
fort potentiel de croissance sont des carnivores à qui il
faut donner des aliments
composés à 70 % de
farines de poisson ! Et ce poisson tout venant pêcher
dans les filets dérivants au fond de toutes les mers commence
déjà à manquer. Après les espèces
nobles, on a déjà largement entamé la"
biomasse.
Alors comment sen sortir ? Il a fallu des milliers dannées
à lHomme du néolithique, pour passer de la chasse/cueillette
à lélevage/culture. Nous navons que quelques
années pour devenir des fermiers de la mer. Et pour cela,
il faut changer radicalement la donne. Ne plus lutter contre la
mer, mais aller dans son sens.
Les producteurs du film Waterworld en ont un souvenir cuisant :
il ne faut rien imposer à locéan. La ville flottante
du tournage, pourtant située dans une zone réputée
très calme, sest trouvée bousculée avant
de chavirer en quelques tempêtes.
Si lon vise une exploitation globale des océans, il
ne faut pas vouloir reconstituer des îlots ou des atolls.
Il faut dériver avec les courants, il faut monter et descendre
pour se protéger des houles ou des remous des profondeurs.
Et dans cette optique, un procédé est dores
et déjà en exploitation, par une entreprise américaine,
NetSystems.

Le prototype actuel est une cage immergée de 25 mètres
sur 15, qui ressemblerait à une gigantesque coquille saint
jacques. Le filet qui lentoure est tendu selon des structures
en acier, il nest donc pas flasque, et peut contenir jusquà
10 000 poissons.
Au dessus de cette structure, à la surface, une bouée
flotte, et permet la fourniture en continu daliment pour nourrir
tout ce cheptel.
Un moteur permet dinsuffler de lair à forte pression,
tant pour garder une oxygénation optimale des poissons, que
pour jouer sur la profondeur dimmersion de la cage.
Ce type de cage est actuellement en expérimentation très
discrète aux Bahamas, mais aussi au Portugal, en Chine et
aux Philippines.
Le modèle suivant sera mis en eau lan prochain : 100
mètres de diamètre, des hélices pour la propulsion
tous azimuts, une bouée trémie de vingt tonnes capable
de nourrir le cheptel pendant plus de trois semaines.
Ces cages gigantesques sont conçues pour être "
larguées avec des alevins au point de départ
dun courant océanique majeur, puis laissées
à la dérive du courant tout en étant ravitaillées
régulièrement. Au bout de quelques mois, on pourra
récupérer les poissons adultes et bien gras en bout
de course du courant.
Sont envisagés bien sûr le Gulf Stream, avec démarrage
au large de la Floride, pour récupérer le produit
délevage dans le Golfe de Gascogne au large de lIrlande
ou bien divers courants qui sentrecroisent autour de locéan
Pacifique.
Une noria de ranches dérivants pour sauver locéan
et nos populations ?
A notre connaissance, la technique est au point. Un obstacle (de
taille
) nest pas encore écarté : le statut
juridique de ces aquaranches est des plus flous, et les investisseurs
ne bougeront pas avant de sérieuses assurances quant à
la propriété et la sécurité de ces entreprises.
Angelina Viva.
retour
sommaire des articles
|