Jean-Yves GAUCHET
Depuis plus d' un siècle, on présume
que la vie est apparue dans un milieu liquide, il y a quatre milliards
d' années. Une eau sans doute, salée, soufrée,
brûlante. Puis des terres ont émergé, de l'
eau douce s' y est déposée, des écosystèmes
très divers se sont créés.
Mais au tout début, quel était précisément
le milieu de nos origines ? Le physiologiste René
Quinton , brillant esprit du début du siècle,
a avancé des théories qui ont gardé toute leur
valeur, tant au plan de l' Evolution qu' au plan thérapeutique.

René QUINTON
Dans la "soupe primitive" des océans de notre
terre, lorsque les premiers acides aminés, assemblés
sur place ou apportés par des astres ou des comètes,
ont réussi à se protéger à l' abri d'
une membrane biotique, la vie terrestre commençait son élan.
Dès lors se développèrent pendant deux milliards
d' années des micro-organismes sans noyau, les procaryotes,
qui occupèrent tous les écosystèmes possibles
sur notre Terre encore jeune et que nous découvrons maintenant
émerveillés, à travers les "bactéries
de l' extrême".
Par assemblages successifs et collaborations diverses entre eux,
ces procaryotes se sont modifiés pour créer un nouveau
type de cellules plus complètes, plus autonomes : les eucaryotes,
possédant un noyau et des chromosomes à ADN,
des mitochondries riches en enzymes respiratoires.
Là encore, des co-évolutions ont permis la création d' organismes
vivant en symbiose, comme les lichens (algue + champignon),
et les premiers êtres pluricellulaires végétaux (nostocs)
ou animaux (coelentérés).
Ces "animaux" primitifs apportent une innovation très
importante: de même que "l' invention" des membranes
permit à des molécules de s' abriter dans le milieu
intérieur intra-cellulaire, les coelentérés
développent deux tissus épithéliaux (ectoderme
protecteur et endoderme digestif) qui enserrent un milieu
intérieur (liquide coelomique) nourrissier et vital,
qui correspond grosso-modo au liquide marin extérieur, mais
dont l' organisme devra organiser l' invariance malgré les
changements des conditions extérieures: la
fixité du milieu intérieur est la condition d' une
vie libre et indépendante.
C' est alors que se met en route ( il y a cinq cents millions d'
années) un développement extraordinaire, un foisonnement
d' espèces nouvelles sur lesquelles on ne sait pas grand
choses, qu' on a nommé "explosion cambrienne".
Soudain apparaissent des "monstres" aux formes
diverses, avec parfois cinq yeux, une trompe frontale, une mâchoire
circulaire, des plaques d' écailles ou d' épines.
Jamais la Nature n' a eu autant d' imagination.
Quelques catastrophes plus tard (comètes, astéroïdes,
volcanisme...), ne survivent que des animaux qui nous sont plus
familiers: les invertébrés, vaste fourre-tout
dont les représentants ont d' emblée trouvé
des solutions de survie très efficaces, et qui ont peu évolué
jusqu' à nos jours, et les vertébrés
qui à partir des poissons ont donné lieu aux
batraciens, aux protomammifères, aux reptiles, aux dinosaures
et aux oiseaux...
Comment expliquer cette capacité soudaine, entre deux
catastrophes où périssent 95 % des espèces,
des organismes à muter et à évoluer pour acquérir
très vite des caractères nouveaux et favorables ?
La théorie darwinienne du gradualisme (des dizaines de mutations
successives, sanctionnées en permanence par la sélection naturelle),
ne peut expliquer des évolutions aussi brutales.
On a récemment mis en avant l' importance des protéines
de stress et en particulier l' HSP 90, une protéine
dont le rôle est de protéger ( d' où le nom
de "protéine chaperon ") les autres protéines
de la cellule, en particulier les protéines en formation,
donc avec plus d' acuité au cours de l' embryogénèse.
Et l' on s' est aperçu qu' une mutation du seul gène de l' HSP 90,
en dénaturant cette protection des protéines en formation, pouvait
permettre d' un seul coup des dizaines de modifications structurelles
sur l' embryon, pour obtenir en une génération un organisme, entièrement
nouveau.
Et l' on arrive à un nouveau paradigme révolutionnaire
: la rétroaction de l' environnement ( chaleur, UV, acidité...)
pour faire évoluer les espèces s' exprimerait, non
pas sur le patrimoine génétique, mais sur son expression.
Une seule mutation de HSP 90 (ou de toute autre protéine de stress)
peut entraîner des modifications de structure de dizaines d' enzymes,
donc des centaines de restructurations tant morphologiques que physiologiques.
En un mot, la génétique, dans certaines conditions, laisse la
place à l' action du milieu.
Cette notion est fondamentale, archi-importante. En effet, laissons
Lyssenko au placard, mais ouvrons les yeux : toute cette néoscience
qui veut imposer la thérapie gènique ou le transgénique, donc la
modification des espèces ou des individus par l' action des gènes,
peut se trouver bientôt le bec dans l' eau : oui, on peut agir
sur l' élaboration des protéines sans utiliser la quincaillerie gènique
!
Mais revenons à nos protéines de stress : leur action
est maximale lorsque la température augmente, mais dans la
limite de la viabilité de la cellule qui l' héberge.
Dans les organismes vivants, on sait que la température létale
est de l' ordre de 43°, qu' elle ait pour origine une forte
fièvre (réaction continue due à des cytokines
et des prostaglandines) ou des conditions extérieures
éprouvantes.
Retenons bien ce chiffre de 43°.
C' est le chiffre annoncé en 1904 pour définir les
conditions d' apparition de la vie dans le berceau marin, par René
Quinton. Au cours d' une aventure scientifique et médicale
peu connue (ou tout au moins oubliée), que nous allons détailler.

René Quinton est né en 1866 au sein d' une
famille aisée et cultivée. Son père, médecin
dans la bourgade de Chaumes en Brie, le pousse à des études
scientifiques.
Mais en ces années de "Belle Epoque ", avec pour
maître un Flaubert ruisselant de talent et de savoir, René
Quinton penche pour une activité littéraire.
Et de fait, pendant plusieurs années, il écrit de
nombreux textes, pièces ou romans, dont aucun n' est édité.
Quinton se cherche. Il n' a pas encore trouvé l' exutoire
à la somme des connaissances qu' il a accumulées,
dans la tradition des "honnêtes hommes" du XVIIème,
ou des encyclopédistes du XVIIIème siècle...
Et puis, comme bien souvent, un évènement totalement
imprévu, un fait du hasard, comme la pomme de Newton ou la
marmite de Papin, fera basculer Quinton dans une aventure scientifique
passionnante.
Tout est parti d' une vipère
En 1895, au cours d' un séjour dans la propriété familiale de Bourgogne,
Quinton se voit remettre par un paysan une vipère engourdie par
le froid, et qui peu à peu recouvre son activité grâce à la chaleur
du salon.
Pour Quinton, l' observation de ce phénomène constitue
une révélation: ce n' est
pas logique que la Nature ait créé des organismes
pour dormir.
Si la vipère hiberne à la saison froide, c' est que son organisme
ne peut pas réagir à une baisse de température.
Cela signifie également que l' apparition sur cette terre des
reptiles a eu lieu dans un climat chaud constant.
Renseignement pris, la paléontologie corrobore cette intuition,
les reptiles sont apparus à l' époque primaire, la température du
globe étant élevée et constante, les saisons n' existant pas.
Et Quinton imagine alors une épopée de la Terre,
depuis les premiers organismes jusqu' à l' Homme, et il en
écrit la synthèse dans un mémoire qu' il dépose
à l' Institut, sous le titre " les
deux pôles foyers d' origine : origine australe de l' Homme."
En quelques feuillets, Quinton détaille sa vision de l' aventure
du Vivant sur notre planète.
La Terre, primitivement boule en fusion, se refroidit peu à peu
au niveau des pôles, et cette température qui s' abaisse graduellement
aux deux extrémités de la sphère, met en place les conditions biotiques,
celle où la vie peut s' épanouir.
Pour Quinton, la vie tourne autour d' un chiffre: 43°.
Intuition pure ou démarche raisonnée ? Nous verrons qu' il n' était
sûrement pas loin du vrai.
Revenons à nos reptiles: dans la vision de Quinton, la
zone tempérée et biotique comporte deux couronnes
qui se rapprochent graduellement de l' équateur, alors qu'
en arrière, déjà les pôles se refroidissent.
Dans cette zone, les processus vitaux se développent avec une force
qu' on ne verra plus par la suite : selon la loi de Van T' hoff,
les réactions biologiques croissent très vite avec la température,
jusqu' à une limite vitale qui est la dénaturation des protéines.
Ainsi, à 41°, les réactions sont une fois et
demi plus actives qu' à 37° ( d' où l' intérêt
physiologique et thérapeutique de la fièvre).
La limite vitale dépend beaucoup du degré d' hydratation
du milieu. En atmosphère sèche, on peut prendre un
"coup de chaleur " mortel à 35°, alors
qu' en atmosphère saturée, on survit jusque vers 43°
! Et à partir de 40°, on commence à voir se dénaturer
nos fameuses protéines de choc, ce qui laisse la voie libre
à une frénésie de modification des protéines
de tous organismes, donc un grand coup d' accélérateur
dans l' évolution.
Dans le cadre de la progression insensible de ces deux couronnes
biotiques vers l' équateur, que deviennent les organismes lorsqu' ils
sont rejoints par le froid qui, en arrière, s' installe sur les pôles
?
Selon Quinton, la vitalité des être
vivants commence à diminuer, avec la baisse de leur température
intérieure, c' est ce que l' on va observer chez
les batraciens, chez les reptiles, chez les premiers mammifères.
Pour les dinosaures, on ignore tout, mais l' Evolution crée
chez certains organismes ( les mammifères et les oiseaux)
une capacité nouvelle: l' homéothermie, ou
capacité de créer de la chaleur, de maintenir la
température des tissus au dessus de celle du milieu ambiant.
Or, les mammifères comme les oiseaux, n' apparaissent
sur la planète qu' après les reptiles et les batraciens.
Quinton pose donc l' hypothèse que la température
est un des grands moteurs de l' Evolution, avec pour critère
fondamental la vitalité cellulaire et donc la consommation
d' oxygène.
Il cherche alors à étayer cette hypothèse, et se lance dans de nouvelles
études en zoologie, afin de vérifier si la température basale des
animaux vient corroborer sa théorie.
Mais alors comment situer les primates, dont l' Homme, leur chef
de file, en retrait dans l' Evolution par rapport aux oiseaux ?
De fait, les primates sont arrivés sur Terre avant les carnivores,
et avant les ongulés, et ceci au début de l' ère secondaire, alors
que les premiers oiseaux apparaissent seulement au crétacé, c' est
à dire en fin d' ère secondaire. Il s' en faut simplement de 100 millions
d' années !
Parallèlement Quinton doit prouver qu' une température
basale élevée, est une qualité vitale qui donne
en quelque sorte une "plus value" à l' organisme.
Aussi refait-il les expériences de Jolyet, au cours
desquelles des lapins ( température physiologique 39°)
meurent par inoculation de germes du charbon, sauf si on les maintient
en étuve à 42 ou 43° !
Au même moment, de nombreux médecins préconisent
le traitement des maladies vénériennes par la "fièvre
curatrice" à partir de bains chauds, ou plus carrément
( malariathérapie) par inoculation de plasmodies aux
malades, et par "réglage" de la fièvre par
l' administration de quinine.
Avec de 25 à 50% de réussite, sans antibiotiques qui n' arriveront
que 50 ans plus tard !
Ainsi, Quinton sépare bien les
espèces en deux catégories:
- les êtres physiologiquement faibles, qui ne
savent pas réagir aux variations thermiques.
- les autres : mammifères supérieurs, dont l' Homme
qui a su conforter une capacité homéothermique moyenne... par l' intelligence
de savoir se chauffer et se vêtir, et les oiseaux, selon
Quinton, les êtres les plus évolués...
Et il résume cette certitude dans un principe, la loi
de constance thermique: la vie est
apparue sur Terre lorsque les conditions thermiques ont atteint
43°.
La plupart des espèces ont perdu la capacité de conserver cette
température basale, idéale pour la vie : ces espèces sont en
voie de dégénérescence. Quelques unes ont conservé et façonné
par l' Evolution une capacité supérieure, proportionnelle à leur
température : ce sont les êtres les plus évolués.
Mais Quinton ne peut s' en arrêter là : en effet, si les êtres
les plus évolués ont réussi à garder au sein d' eux-mêmes les conditions
thermiques du début de la vie, il est logique de penser que les
mêmes organismes en auront également conservé les caractéristiques
chimiques.
C' est à dire qu' en étudiant les constantes biologiques des différents
organismes, on doit pouvoir cerner la composition chimique du milieu
originel.
Et sur ce sujet Quinton tombe à pic, puisqu' il peut immédiatement
puiser dans les conclusions du grand Claude Bernard.
Celui-ci, dès 1865 dans "l' Introduction à
la médecine expérimentale", met en avant
l' importance du Milieu Intérieur: les cellules de l' organisme
qui forment des sociétés que nous appelons tissus
ou organes, sont reliées entre elles par le liquide qui les
entoure, le milieu intérieur, et dont l' intégrité
est assurée par des actions régulatrices constituant
l' homéostasie.
La fixité de ce milieu intérieur est la condition d' une vie libre
et indépendante.
Mais si Claude Bernard a bien mis l' accent sur la fixité
(température, composition chimique volémie) du milieu
intérieur, il n' a rien envisagé concernant l'
apparition de cette fixité. Et ces conditions d' apparition,
c' est justement l' idée fixe de Quinton.
Celui-ci va alors enrichir son hypothèse première,
en décrivant ainsi l' apparition de la vie: dans les océans
de l' époque précambrienne, dans l' eau de mer à
43°, les cellules jusque là individuelles s' organisent
pour former des êtres pluricellulaires. Et les cellules enferment
entre elles un liquide intérieur qui restera fixe dans sa
composition et sa température: l' eau de mer à
43°.
Et si la loi de constance thermique est valable, on peut lui adjoindre
une seconde loi parallèle, la loi de constance marine, formulée
ainsi :
"la vie animale apparue à l' état de cellule
dans la mer, tend à maintenir pour son haut fonctionnement
cellulaire, à travers la série zoologique, les cellules
constitutives des organismes dans le milieu marin des origines".
Ce n' est pas le tout de l' affirmer, il va falloir le démontrer...
Quinton se fixe alors un programme expérimental, que de
nos jours on trouverait osé: en quelques semaines, Quinton
doit prouver :
a) que l' eau de mer n' est pas toxique,
b) qu' elle peut remplacer l' intégralité du milieu
intérieur,
c) que les cellules les plus fragiles de l' organisme,
les cellules blanches du sang, y survivent facilement,
d) que sa formulation va bien au delà du sérum physiologique
salé, que son utilisation est bien plus judicieuse,
e) et enfin que l' eau de mer constitue un agent
thérapeutique majeur, dont il s' agit de déterminer les limites
d' utilisation.
Alors Quinton se met en piste, et là encore, il va faire un parcours
sans faute.
Tout d' abord une précision: si l' eau de mer est concentrée
à environ 35g de sels par litre, l' organisme et en particulier
le sang, en comportent nettement moins avec 20g pour les (ancêtres)
poissons cartilagineux, 10g pour les poissons osseux, 7 à
8g pour les mammifères et les oiseaux.
Quinton ramène donc à l' isotonie l' eau
de mer qu' il utilise, par adjonction d' eau de source filtrée
( diverses expériences avec de l' eau distillée montreront
plus tard que l' eau de source, une eau "vivante" et énergisée,
possède seule les qualités requises pour garder les
capacités naturelles de l' eau de mer). ..
.Avec bien sûr une idée derrière la tête
: si le "milieu intérieur" des animaux évolués
est à 8g/l de sels... c' est que ce milieu marin originel
présentait cette concentration, et que les mers se sont enrichies
en sels depuis...
C' est un chien, oppotunément appellé Sodium, qui
sera le premier cobaye de ses expériences historiques : il
pèse 10 kg, mais Quinton lui ponctionne 425 g de sang, qu'
il remplace aussitôt par une injection de 532 g d' eau de
mer isotonique.
Le choc est rude: fièvre, anémie... mais au quatrième
jour, Sodium engloutit 400 g de viande ! Seconde expérience
avec une perfusion ( attention aux âmes sensibles) de 10,4
litres d' eau de mer en 12 heures ! Comme si, à un homme,
on injectait 60 litres de serum). Le chien urine 9,4 litres, boite
un peu... et reprend une activité normale.

liquide amniotique ou eau de mer ?
bébé ne fait pas la différence...
Pour Quinton, la démonstration est suffisante: le plasma
marin isotonique, grâce à sa richesse en éléments
solubles vitaux ( Quinton avance la présence de 17 éléments
minéraux, en proportions et en état d' ionisation
biotique) est LE liquide physiologique des êtres vivants.
Peut-on en faire un liquide thérapeutique
?
Avec la même audace qui lui a réussi dans ses expériences
sur les chiens, Quinton va montrer devant un corps médical
ébahi que "son" eau de mer peut constituer un grand
médicament.
Pour commencer, il va se faire introduire dans des services d'
hôpitaux parisiens où on lui "laisse" utiliser
l' eau de mer sur des moribonds.
Le premier est atteint de typhoïde, en plein coma terminal... on
s' attend au décès à tout instant.
Le second est un suicidaire qui a ingéré de l' acide oxalique. Deux
cas désespérés, deux succès thérapeutiques.
Les médecins, sceptiques mais curieux, ouvrent alors leurs
portes à Quinton, d' autant que celui-ci en 1904 publie un
"pavé " de 500 pages où il expose sa théorie
marine et ses applications thérapeutiques.
Il se développe alors un "courant quintoniste"
très puissant et l' eau de mer ( puisée alors au large
d' Arcachon, puis rendue isotonique avec de l' eau de source) devient
une thérapeutique admise et encouragée par de nombreux
médecins.
Elle remplace peu à peu le sérum salé qui,
selon le Dr Lecheze, interne à l' hôpital St
Joseph " est à l' eau de mer ce que le bicarbonate
de soude est à l' eau de Vichy ".
Cette eau de mer a également une
qualité paradoxale : elle n' est pas stérile, elle
contient des germes, mais ces germes ne sont jamais pathogènes.
Ainsi, le plasma isotonique est bactéricide pour les
germes pathogènes et biotique pour les germes commensaux
(en 2003, la législation sur les solutés injectables
fait qu' on ne peut utiliser en injection ce plasma, sauf s' il
est stérilisé par chauffage... même s' il perd
alors ses capacités biotiques... nous vivons une époque
formidable !).
Mais l' aventure de Quinton ne fait que
commencer...
En cette période de natalité décroissante,
alors qu' on a l' oeil sur la ligne bleue des Vosges, des épidémies
de choléra infantile et de gastro-entérite des nouveaux
nés emportent plus de 100 000 enfants chaque année.
Essentiellement de toxicose et de déshydratation, pour lesquelles
le sérum salé utilisé n' a pas d' action suffisante.
Pour René Quinton, il faut prendre le problème à
bras le corps: il propose la création de "dispensaires
marins" où seraient gratuitement effectuées
des injections d' eau de mer ( environ 200 ml en sous-cutanée)
aux enfants malades.
En 1907, le premier dispensaire, rue de l' Arrivée est inauguré
par un ministre et le directeur de la Santé Publique. C'
est un succès total, et un événement médiatique
mondial.
En quelques mois, un second dispensaire ( capacité : 500
malades par jour) s' ouvre à Paris, puis à Toulouse,
puis à Lyon, puis dans une dizaine de villes, des services
hospitaliers se reconvertissent. En Angleterre, aux Etats Unis,
en Egypte, le procédé est également mis en
pratique.
La célébrité de René Quinton est à
son apogée. Malgré des détracteurs parfois
maladroits ( "Quinton veut nous faire croire que l' huître
est le véritable ancêtre de l' Homme" - Le
Salut Public), parfois organisés ( La Société
de Médecine décrète, à travers son Président
le Dr Dagnat, que "cette méthode thérapeutique
a été créée de toute pièce en
dehors du corps médical, et que si le grand public s' y intéresse,
c' est exclusivement dû aux articles de journaux n' ayant
aucun caractère scientifique, et à quelques réclames
en faveur de dispensaires spéciaux créés pour
les besoins de la cause ").

jeune malade traité dans un dispensaire
Quinton
René Quinton gère ses dispensaires avec bonheur
et application... jusqu' en juillet 1914, où, il participe
à l' effort de guerre, il perd pied avec son oeuvre.
Démobilisé en 1918, plusieurs fois blessé,
il concentre son activité vers de nouveau horizons: le vol
à voile et le calcul des profils idéaux pour les ailes
et les fuselages.
Pendant qu' il planche sur l' aérodynamique, les dispensaires vont
à vau-l' eau.
D' autant que la saignée ( 4 millions de morts, principalement
de 18 à 22 ans) démographique se fait sentir, les
naissances sont divisées pratiquement par deux...
Quand René Quinton meurt en 1925, son oeuvre est déjà
pratiquement oubliée. Aucun professeur n' enseigne sa méthode,
les antiseptiques chimiques efficaces sont apparus...
De nos jours, plusieurs laboratoires proposent des plasmas marins,
hypertoniques ou ramenés à l' isotonie.
Avec des procédés divers et des qualités de produits différents.
Mais toujours pour une utilisation orale, puisque ces produits pour
garder leurs qualités biotiques, ne sont pas stérilisés. On les
utilise donc en appoint, en particulier de cures diététiques, plus
qu' en tant que médicaments majeurs.
Pour conclusion, nous reprendrons les termes d' un article paru
en 1907 dans l' Intransigeant : "Les travaux de Pasteur
nous apportaient une conception de la maladie, ceux de René
Quinton nous apportent une conception de la santé.
Qu' est ce qu' un sérum de Pasteur ?
C' est un sérum particulier à une maladie, contre
cette maladie.
Qu' est-ce que l' eau de mer ?
C' est un sérum qui n' attaque aucun microbe en particulier,
mais qui donne à la cellule organique la puissance de lutter
contre tous".
Bibliographie
" Le Secret de nos origines " André
Mahé - Editions le Courrier du Livre. 1990.
" L' Eau de Mer, Milieu Organique " René
Quinton - Editions Encre. 1995.
" L' Excitabilité Neuro-musculaire Outil du généraliste
" P. Delons - Editeur : Axiomes. Pour la Sciences
- Avril 1998 .
" L' Origine des Oiseaux. Homéostasie et Grandes
Fonctions " Jean Clos et Yves Muller - Editions
: Nathan Université.
La Recherche : Février 1999. N° Spécial : les Frontières
du Vivant.
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