En Occident,
le jeûne a intéressé certains scientifiques,
en particulier à partir des années 20, alors quon
connaissait peu à peu les bases de la physiologie du corps humain.
On pouvait donner un sens médical au jeûne, mais à
part quelques prêcheurs parfois célèbres comme le
Dr Shelton, qui a accompagné 25 000 jeûneurs, le corps
scientifique sest toujours détourné de ce sujet,
peut-être trop imprégné de sens religieux et de
mysticisme ? Cest possible, ou bien trop simple et à la
portée de chaque malade ? Cest aussi une explication, une
méthode aussi simple, si elle savérait efficace,
pouvait écorer le pouvoir médical.
Toujours est-il que les quelques prosélytes scientifiques, ainsi
que des esprits non conformistes (comme les célèbres Succi
et Merlatti, qui sexhibaient en jeûnant (de 30à
50 jours) pour gagner de largent, ou Estapper, un participant
au tournoi athlétique de jeûne, qui dura 7 jours
au Madison Square Garden en 1903 !), ont fait la démonstration
que le jeûne est physiquement possible, sans altération
de la santé, et au contraire en apportant aux tissus un regain
de vigueur et de jeunesse.
Comment interpréter ces résultats, et que se passe-t-il physiologiquement pendant le jeûne ?
Dès que lorganisme a fini la digestion du dernier repas
et réparti les nutriments selon plusieurs systèmes de
stockage, commence un processus de consommation des réserves
( elles sont faites pour ça) et de catabolisme des tissus
dont les cellules diminuent de taille pour céder une partie de
leur contenu.
Dans les première
heures du jeûne, lorganisme consomme
le glucose (notre carburant « principal) à partir
du glycogène du foie et des muscles, mais ces réserves
énergétiques sépuisent très vite,
et au bout de 48 heures, le relais est par dautres voies de néoglucoformation,
à partir des acides aminés (donc catabolisme des protéines
pour obtenir des acides aminés) et des acides gras (donc fonte
des graisses pour obtenir des acides gras.
Durant les deux premiers jours, lorganisme se met au repos et consomme ses superflus de glycogène. Ce nest quensuite que le jeûne provoque une digestion interne de nombreux éléments cellulaires dont lorganisme se trouve ultérieurement allégé. Reste à savoir si ce phénomène dautolyse est un phénomène physiologique sans danger, ou sil conduit à des situations redoutables, délétères, voire mortelles
Ce qui est sûr, cest que la fonte cellulaire qui
accompagne, toutes manifestations qui sont signe de mort cellulaire
par nécrose, avec déversement dans lorganisme du
cytoplasme gorgé de substances agressives, pyrogènes,
dolosives. Aucun de ces symptômes qui sont ressentis lors de maladies
infectieuses ou organiques napparaissent pendant le jeûne.
Le jeûne nest pas une maladie.
Pourtant, les cellules diminuent de taille, et certaines disparaissent.
Cest quelles subissent lors de lautolyse un phénomène
qui nest connu que depuis quelques années, et qui est une
des plus belle piste pour comprendre la vie : le phénomène
dapoptose.
Contrairement à la mort cellulaire par nécrose, qui est
un phénomène maladif ou accidentel, où la cellule
meurt pour des causes extérieures, souffre et déverse
son contenu qui va agresser les cellules voisines (souffrance, inflammation,
mise en route dune réaction immunitaire), la mort cellulaire
par apoptose est en fait un choix individuel de la cellule, selon des
informations de lécosystème immédiatement
contigu (les tissus voisins, le taux de thyroxines
) ou alentour
(la température, le cycle lunaire, etc.). Ces informations, en
poussant certains gènes de lADN nucléaire,
mettent en route une fragmentation de la cellule en des dizaines de
petites vésicules qui contiennent toutes un peu de cytoplasme,
un peu de fragments chromosomiques, un peu dorganites internes
mais qui gardent toutes une membrane intègre : pas un microgramme
du contenu de la cellule en apoptose, ne se déverse dans le conjonctif.
Lopération se fait sans douleur.
Et, bien en dehors du jeûne, lapoptose est un phénomène universel, fondamental pour comprendre le développement embryonnaire, de nombreuses maladies aiguës ou chronique, le vieillissement, et jusquà lévolution des espèces.
Cest en embryologie, puisquon peut étudier
lévolution dun embryon lors de son développement,
quon a le mieux cerné limportance et le sens biologiques
de lapoptose; Lembryon est en effet sans arrêt remodelé,
comme sculpté par des mains invisibles qui poussent
tel tissu, en retiennent un autre, enlèvent des
parties entières du ftus. La différence entre les
orteils libres dune poule et les pieds palmés dun
canard
cest que chez la poule, lapoptose a lysé
dans luf les membranes inter palmaires.
Au-delà de lédification judicieuse des tissus, cest également la mise en place des systèmes de relation et des systèmes cognitifs qui repose sur lapoptose.
Exemple 1 : les lymphocytes T (Tpour Thymus). Une sélection
impitoyable dans le thymus, élimine 97 % des jeunes thymocytes,
ceux qui interagissent trop bien avec le soi , qui risqueraient
dattaquer des tissus de lorganisme (maladies auto-immunes),
et ceux qui ne reconnaissent rien, qui sont donc inutiles. Résultat:
les lymphocytes sont parfaitement efficaces pour contrôler, aux
marges de lindividu (peau, muqueuses
), ce qui est déjà
accepté comme étant du soi.
Exemple 2 : les connexions neuronales : nous possédons
100 milliards de cellules nerveuses, ayant chacune 10 000 connexions
avec les neurones voisins. A priori, un fatras de cellules sans plan
de montage ? Ce sont les connexions neuronales elles-mêmes, comme
pour les lymphocytes, qui vont déterminer si certains trajets
neuroniques sont utiles et efficaces (les cellules seront conservées)
ou sils sont redondants ou inutiles (les cellules ressentent
alors un appel au suicide, à lapoptose.
Cest par apoptose que le têtard fait disparaître sa queue, ses branchies, son intestin, que la chenille perd tous ses attributs dapodes pour devenir papillon. Et à chaque fois, remarquons le en parallèle avec un jeûne absolu.
Certains diront (disaient, il y a encore quelques années
): pour la mise en place optimale des tissus et des systèmes, oui, lembryon a besoin de se chercher et lapoptose est une méthode judicieuse
mais chez ladulte, tout est en place, un tel processus ne peut être que dangereux .
Eh bien non, ce processus nest pas dangereux, et cest
même la règle de vie de toutes les cellules.
Les cellules de la peau, du sang ou de lintestin, nées de cellules souches, déclenchent toute leur autodestruction au bout de trois jours
Les cellules de la muqueuse utérine, propices à une éventuelle fécondation, subissent cycliquement une apoptose qui va donner à la femme ses règles.
Un défaut dapoptose, sous laction dhormones ou de troubles neurovégétatifs, et cette phase de rejet de cellules inutiles (en outre gorgées de bactéries) devient douloureux, car déterminée alors par un phénomène de nécrose, inflammatoire, algique.
A linverse, une tumeur cancéreuse est le fait de
cellules qui ont un défaut dapoptose : elles ne réagissent
pas aux informations inductrices de suicide cellulaire qui
devraient les condamner.
Et devant linefficacité et les dégâts causés par les chimiothérapies agressives, une voie prometteuse aujourdhui est plutôt lapoptose (thérapies anti-angiogénèse) des cellules qui entourent la tumeur et qui la nourrissent.
Cest sans doute ce qui se produit, lors de jeûnes prolongés, quand on constate que les tumeurs palpables (seins, utérus) voient leur masse décroître jusquà parfois des guérisons définitives.
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