Comment le cerveau apprend
à lire et à écrire



Puisque les mots sont les outils de la pensée, l'apprentissage de la lecture, puis de l'écriture est un moment crucial dans la structuration du cerveau et la mise en place de ses capacités cognitives. Deux ans d'apprentissage, pour toute une vie de fonctionnement. Autant ne pas se tromper de méthode d'enseignement.

Face au problème de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, les parents sont fréquemment inquiets et déroutés. Les chiffres publiés sur le taux d’échecs des élèves en ce domaine, souvent contradictoires, n’incitent pas à l’optimisme. Nombre de familles, qui ne se sont pas informées sur les pédagogies utilisées dans l’école de leurs enfants, les découvrent en CP et commencent à se poser des questions sur leurs avantages et inconvénients. Les réponses que leur apportent les maîtres dans les réunions de classe les laissent souvent perplexes. On leur affirme que, la méthode globale étant abandonnée, toutes les pédagogies se valent, et que la seule différence entre elles vient de la manière dont le maître en fait usage. Si leur enfant réussit, ils sont rassurés.

Mais quand les semaines passent, puis les mois, et que le fameux “ déclic “ annoncé par l’enseignant ne se produit pas, ils sombrent alors dans une véritable angoisse. Tandis que d’autres enfants s’adaptent à la méthode utilisée ou que des frères ou sœurs aînés ont réussi à lire avec des pédagogies du même type, cet enfant peine, et plus le temps passe, moins sa lecture progresse. Certains parents pensent alors le plus souvent que l’enfant ne s’applique pas et ne fait pas d’efforts. D’autres sont tentés de mettre la responsabilité de cet échec sur le compte de la pédagogie employée.


Qu’en est-il exactement ?


Un grand nombre d’études, dont certaines ont été couronnées par le prix Nobel R. Sperry en 1981, E. Kandel en 2000, ainsi que de très nombreuses publications scientifiques, y compris des travaux récents pratiqués entre 2000 et 2005 en IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle), permettent de mettre en évidence cinq conclusions essentielles.


Le mot n’est pas une image

Les travaux du prix Nobel R. Sperry démontrent que le cerveau sait différencier les signes graphiques qui composent le langage écrit des autres types de graphismes - dessins, images - et qu’il ne leur applique pas le même mode de traitement. Dans toutes les langues, le cerveau traite de manière différente le dessin et les mots. Le dessin (ou l’image) représente des réalités de l’environnement que l’on comprend par comparaison avec ce que l’on a déjà rencontré.

Quant aux signes graphiques qui représentent des sons (lettres, idéogrammes ou notations musicales), ils n’ont aucune réalité concrète : ils sont la trace écrite d’un son et ne peuvent être compris qu’après apprentissage du lien qui relie ces sons aux signes qui les représentent. Les dessins sont traités par l’hémisphère droit de manière analogique, c’est-à-dire par comparaison des ensembles perçus avec des ensembles de même type qu’il a stockés dans sa mémoire. Les signes graphiques sont traités par l’hémisphère gauche de manière analytique. Cela signifie que le travail s’opère en partant des éléments les plus simples qui composent la langue orale pour les réunir à ceux de la langue écrite.

Ce type de traitement de l’information est parfaitement adapté à la nature même du langage : la parole et l’écriture ont une structure linéaire. Les sons dans un mot sont prononcés les uns après les autres et, dans l’écriture, les lettres sont également tracées les unes après les autres.
Assimiler le mot à une image que le cerveau pourrait photographier et reconnaître sans passer par l’analyse des éléments qui le composent, c’est faire preuve aujourd’hui d’une méconnaissance totale des mécanismes cérébraux mis en jeu dans le traitement du langage écrit.


L’approche globale de la lecture n’existe pas

Les travaux de Sperry ont été largement confirmés par des études (en particulier grâce à l’IRMf) qui montrent que toute approche globale de la lecture est impossible. En effet, quels que soient le type de langue et le niveau d’automatisation de la lecture, c’est dans tous les cas l’hémisphère gauche qui assume la fonction de lecture. Or, celui-ci n’a pas la possibilité de réaliser un traitement global de l’information.

Cet article est extrait du numéro 43

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