Nourriture du corps, langue de l'esprit



Quel lien complexe et subtil relie depuis toujours l'homme à son alimentation ? A la croisée du mythe, de l'histoire, du religieux et de la science, elle est simultanément nourriture physique et langage métaphysique !


Une réflexion au présent, encore enveloppée des fumets tenaces d'un passé qui n'est pas du tout ce qu'il semble être… Que vous soyez athée, religieux ou spiritualiste, la manière dont vous vous nourrissez est un code à part entière.

Langue incompréhensible à ceux qui n’en ont pas la clé, elle répond à un alphabet, identitaire d’une croyance mêlée à une histoire quelles qu’elles soient. Science et philosophie l’ont compris depuis longtemps, cherchant à le cerner faute de le maîtriser, chacune selon leurs méthodes. Ainsi que le résume parfaitement l’écrivain Michel Tournier : “ ...riz, trois lettres comme dans le mot blé, mais entre ces nourritures fondamentales, il y a la distance de deux groupes de civilisations... “ Il aurait cependant put ajouter le maïs car, avec cette troisième céréale, nous bouclons un premier tour du monde. Il y en aura d’autres ! Poursuivons notre comparaison.

Si les aliments constituent les lettres de cette langue, interdits et modes de préparation en sont la phonétique et la syntaxe. Les différences de goûts alimentaires ne sont pas les seuls fossés culturels. Les particularités propres aux tabous, très souvent religieux (aliments autorisés ou pas, périodes de jeûne, etc.) s’ajoutent à celles des préparatifs et des règles du repas (moyen d’abattage de l’animal, associations alimentaires licites, relation aliment/éducation, etc.) pour en faire une prononciation et une syntaxe uniques. Le sociologue Claude Fischier écrit même : “ ...Ces exigences rappellent les contraintes de syntaxe et de grammaire, au point que, dans certaines cultures, des impropriétés alimentaires sont dites dénuées de sens, de la même façon qu’une phrase est déclarée mal construite... “

Autre fait d’importance, la place de la nourriture dans le tissu social d’un groupe, d’une culture, en tant que gardienne d’une identité et initiatrice de certains rites de “passage”. Significatif est le cas des Bassaris (Sénégal) où cinq tranches d’âge correspondent à cinq modes alimentaires suivant les prérogatives associées.

Ou bien encore celui des jeunes Bantous (Zimbabwe) où, dès huit ou dix ans, les garçons ne peuvent plus manger avec leur mère et leurs soeurs mais doivent aller à la table des hommes... La nourriture est, de plus, intrinsèquement liée à la vie et à la mort via nécessité physiologique. Aussi son absence, le jeûne, est cet entre-deux métaphysique, ce pont fragile et dangereux vers la révélation de soi et du divin par l’arrêt, plus ou moins long, de manger. Mais, quelques mots sur l’inédie (à ne surtout pas confondre avec l’anorexie !), phénomène dont les exemples, jusqu’à ce jour, ont accumulé la religieuse poussière des “miracles” ou les scientifiques mépris des “impossibilités”, prouveront que cette pratique recèle d’insondables inconnues… Se nourrir est donc très loin d’être un acte banalisé, un automatisme physique ou un plaisir de bouche momentané. Il s’agit d’un sujet délicat, chargé d’un symbolisme profond et raffiné puisqu’il épouse, dans la majorité des cas, le cadre dogmatique d’une croyance. Suivre les pérégrinations des aliments peut aussi ouvrir soudain d’improbables portes sur des perspectives qui le sont tout autant. C’est un chemin original, parfait pour plonger dans les abysses de l’histoire de l’homme et de…ses dieux ! Afin de l’étudier avec un gage de neutralité, trois angles de vue possibles : science, histoire et philosophie.


Qu’ont- ils respectivement à nous montrer ?


L’aliment : une clé pour ouvrir les caves sombres de l’Histoire : emprunter le regard analytique d’un biologiste, d’un archéologue ou d’un ethno-botaniste, par exemple, nous donne accès à une banque de données traditionnellement écartées d’un sujet de ce type. Certains aliments sont sacrés, d’autres tabous. Pourquoi ?

Quel chemin tortueux a suivi l’homme pour établir ainsi ces classifications tranchées, ces idiosyncrasies religieuses ou, plus globalement, culturelles ? Derrière toute croyance se cachent…beaucoup de choses ! Parmi ces ombres en retrait, se trouvent des informations de nature scientifique et historique, largement déformées pour quantité de raisons.

Les étranges pérégrinations du maïs : Prenons le cas du maïs, céréale fascinante à plus d’un titre. Aujourd’hui, il est devenu la première céréale mondiale devant le blé et le riz; motif : le rendement !
Le maïs donc, associé à cette mystérieuse Amérique dite précolombienne et à ces énigmatiques peuples Mayas, Incas, Aztèques, entre autre, a revêtu dans ces cultures un rang divin. Aliment sacré impliqué dans de multiples rituels, il représentait pour ces gens bien plus que de la nourriture. Chicomecoatl, la déesse aztèque du maïs est aussi divinité de la subsistance....un raccourci qui en dit long !

Au delà de l’utilisation pragmatique de la plante (cuisine et artisanat), le maïs était un “cadeau” des dieux, un lien vital et transcendant vers d’autres dimensions de l’être. Mais, derrière cette connaissance archéologique et anthropologique, se trouvent des informations moins facilement admises.

Primo, l’origine du maïs ne cesse d’entretenir la controverse scientifique. Il faut savoir que cette céréale n’existe pas sur la planète à l’état sauvage. Pour certains, elle découlerait d’une mutation génétique du téosinte. Pour d’autres, et sans rentrer dans un débat hors contexte, une telle mutation, aussi radicale, ne peut être ni spontanée ni faite de mains d’hommes de l’époque ! On estime que la sélection de plants de téosinte mutés aurait eu lieu il y a 9.000 ans (!) dans le bassin du fleuve Balsas, au sud ouest du Mexique.

Cette mutation aurait nécessité une très profonde connaissance en génétique cellulaire. Par exemple, reconnaître que “l’épi” de maïs actuel ne peut pas dériver d’une inflorescence femelle du téosinte mais plutôt d’un épillet mâle devant subir une féminisation ! Donc, à moins que les antiques peuples sudaméricains n’aient eu accès au maïs tel que nous le connaissons à présent ou aux moyens génétiques de le modifier, une double et lancinante question demeure… d’où vient vraiment le maïs et qui l’a donné aux ?

Secundo, la localisation américaine du maïs est une autre polémique. L’anthropologue Alice B. Kehoe n’est pas la seule à remettre en cause la pseudo découverte du maïs par Colomb ! Elle écrit : “Il y a un temple dans l’Inde du sud, qui a des sculptures de déesses tenant ce qui ressemble aux épis de maïs... “ Or cette observation lithographique n’est pas unique. Sans vouloir relancer les commentaires autour de la chapelle de Rosslyn en Ecosse, jaillie depuis peu des ombres de l’Histoire, il est évident que ses fondateurs connaissaient parfaitement cette céréale, bien avant l’incontournable Colomb.

Le grand-père de William Sinclair (ou St Clair) à l’origine de Rosslyn, n’était-il pas déjà surnommé, autour de 1400, “le Navigateur” ? L’édifice, construit en 1446, est un véritable grimoire de pierre d’une connaissance codée et il contient des frises sculptées représentant… du maïs.


Cet article est extrait du numéro 46

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