Les jachères apicoles :
recréer une biodiversité
favorable aux abeilles



Des milliers d'hectares figés, laids, stériles, "mis en jachères" par décision politique. Des ruches improductives, hébergeant des abeilles faméliques par manque de végétaux pollifères… Oui, il faut créer des jachères apicoles. C’est la récente hécatombe des abeilles en 2002 et 2003 (il semble qu’un mieux apparaisse depuis cette année), qu’on a pris conscience de l’importance des abeilles pour l’ensemble de l’équilibre naturel.

De même que lorsque le sage montre la Lune, le crétin ne voit que le doigt, nous ne prenions en compte que la production de miel...Négligé, l’acte essentiel de pollinisation, donc de survie de toutes les espèces végétales.

Devant un tel danger potentiel, l’opprobre était lancé sur les responsables putatifs : les fournisseurs de pesticides nouvellement utilisés pour conserver et traiter les semences. L’un de ces laboratoires, BASF, a décidé en 2004 de lancer une étude qui laisse envisager une cause majeure à cette hécatombe : tout simplement la raréfaction de la production florale, et ceci à cause de la spécialisation de l’agriculture.

Le mouvement de concentration s’est accéléré et les petites exploitations de 25 hectares de polyculture sont devenu des grosses unités de 80/150 hectares de monoculture par assolements. Ainsi, telle année de production de tournesol, seul ce type de fleur sera disponible sur des centaines d’hectares alentour, et uniquement (selon latitudealtitude) en juillet et août... Or, il faut revenir sur le bol alimentaire des abeilles : celles-ci, lors de leurs pérégrinations florales, prélèvent deux productions de la fleur, le nectar et le pollen.


Le nectar, constitué de glucides,
sera ultérieurement transformé en miel.


Le pollen, nettement plus riche et plus complexe, contient également protéines et lipides. Il servira de nourriture pour tout l’essaim, avec des besoins de 20 à 30 kg par colonie et par an. En particulier lors de la phase larvaire, l’apport en pollen conditionne le développement anatomique et physiologique de chaque abeille, et donc de la capacité productive de l’essaim.

Le Professeur Jacobs (université Belge de Gand) a montré que les périodes avec déficit en pollen, entraînent un arrêt temporaire de la production en œufs de la reine, donc une diminution, à venir de la population. Si le déficit n’est pas brutal, mais continu, la reine n’est pas touchée, mais les larves sont dénutries, et les jeunes abeilles meurent en masse.

Ces constatations en laboratoire correspondent à ce qu’observent les apiculteurs depuis quatre ans. Alors, il fallait réaliser une étude grandeur nature, avec des colonies équivalentes dans des ruches semblables, les unes en situation “classique” (environnement : cultures de tournesol), les autres avec du tournesol, mais aussi des fleurs de jachère (sur 24 hectares) justement pour cet essai. Cet essai, démarré en mai 2005, est déjà suivi par 25 autres en 2006 sur tout le territoire. Il a déjà permis de sélectionner les types de plantes mellifères les plus adaptées : le trèfle blanc, la moutarde, le sainfoin, le bleuet, le colza, ainsi que des arbustes tels que l’aubépine, le prunellier, le saule et le châtaignier. Ces fleurs ont aussi l’avantage de produire du pollen de mai à septembre, c’est à dire cinq mois dans l’année, contre deux mois pour les monocultures.

Des milliers d’hectares à ensemencer


La notion de jachère existe depuis que l’agriculture est apparue… Laisser reposer un sol, c’est l’assurance de meilleures récoltes à venir. Mais avec les surproductions agricoles survenues dans les années 90, les agriculteurs se sont vu imposer de laisser 10 % de leurs terres en jachère, et encore plus depuis la nouvelle Pac europénne.

Mais désormais, on fixe des objectifs particuliers à ces jachères : dans telle zone, ce sera une jachère cynégétique destinée à accueillir des gibiers, dans telle zone se sera un parcours de randonnée, en bordure de rivière (“bandes enherbées”) on plantera des espèces qui retiennent les engrais et les phytosanitaires des parcelles voisines etc. Et la Pac a tout prévu : le type de végétaux pour chacune de ces utilisation… et bien sûr le financement correspondant.

L’étude de BASF montre que les jachères apicoles pourraient venir accompagner les précédentes. Dans un premier temps, le laboratoire offre gratuitement les semences aux agriculteurs. Dans un second temps, ce sera aux producteurs eux-mêmes de gérer ces jachères apicoles, en particulier dans des régions ou la biodiversité a été mise à mal (en Rhône-Alpes, 63 % des surfaces sont des sources potentielles de pollen pour les abeilles, en Vendée ce chiffre tombe à 30 %. Plus de pollen pendant cinq mois au lieu de deux dans l’année, en utilisant des parcelles sacrifiées à la technicité agricole… c’est le nouvel espoir de nombreux.

Depuis trois ans, suite aux accusations lancées par les apiculteurs contre le Gaucho et le Régent, deux larvicidesinsecticides employés non pas sur les parties aériennes des végétaux, mais sur les semences (diffusion en terre de quelques centimètres autour de la plantule...), L’AFSSA conduit une étude multifactorielle pour déterminer les causes des troubles des abeilles en France.

Car bizarrement, il semble qu’il s’agisse d’une particularité française, alors que les deux molécules (fipronil et imidaclopride), son utilisée, semble-t’il sans dégâts, dans toute l’Europe.

Un fait : c’est depuis l’utilisation de ces molécules que les problèmes ont été constatés. Des mesures :bien que ces molécules aient été retirées du marché depuis 2002, on trouve encore 52 % des échantillons de pollen contaminé à faible dose (de l’ordre de 1microgramme/kg à comparer aux X x 100 microgrammes/kg d’organophosphorés…) pour lutter contre l’acarien VARROA qui décime les ruchers depuis 20 ans). Cause à effet ? C’est probable.

Cet article est extrait du numéro 44

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