Des méduses dans les filets



De mémoire de pêcheurs, on n'a jamais vu autant de méduses dans toutes les eaux du globe. Ces organismes simplissimes ont su s'adapter et s'accaparent de nombreuses zones de pêche, remplissant les filets de masse gélatineuses.

C’est facile d’être une méduse : composée de 98 % d’eau, on se laisse emporter par les courants, et on ne dépense une énergie métabolique que pour se nourrir et se reproduire. Aucune autre perte énergétique. Alors si le biotope s’améliore, si l’alimentation devient pléthorique, la méduse qui n’a, en tant qu’adulte, aucun prédateur, devient la biomasse prédominante. C’est déjà le cas dans des mers fermées, et sur la côte pacifique du Japon.

Pour les pêcheurs japonais, c’est devenu le problème numéro 1, car la méduse est à la fois un prédateur des alevins de poissons, et, contrairement aux gros carnassiers de type thon, qui constituent de belle prises, un réel poids mort dans l’exercice de la pêche. La pire des méduses, pour les pêcheurs japonais, c’est la méduse d’Echizen, une masse gélatineuse de plus de 2 mètres d’envergure, avec un poids moyen de 200 kg. Elle était bien connue dans les eaux de la mer de Chine, et référencée dans la grande famille des CYNEAS.

Mais depuis 2002, c’est chaque année une prolifération toujours plus importante, en particulier au moment de la pêche au saumon, et les filets, engorgés par les méduses ne peuvent même pas être remontés dans les chalutiers. Les quelques prises intéressantes de poissons sont écrasées parfois contaminées par les toxines des tentacules, donc invendables. On connaît le cycle de ces cynéas. Elles naissent et grandissent en mer de Chine orientale, puis se laissent emporter par les courants vers le nord. Alors pourquoi cette surpopulation, et ce drame-écolo- /économique ?

Si on connaît bien leur cycle, on connaît mal leur biologie individuelle : ce n’est pas bien facile d’élever en laboratoiredes monstres de 200 kg !

Aussi l’explication a nécessité une enquête internationale, et le verdict est tombé... c’est bien encore l’Homme le responsable. Et à au moins deux titres. D’abord en amont, dans la zone de croissance des bébés méduses, les fleuves, les fleuves ont déversé quantité de nutriments organiques (effluents urbains), mais aussi des tonnes d’engrais emportés par des terres par ruissellement ont finalement enrichi l’eau de mer en nitrates et phosphates, et ils y ont contribué au développement du phytoplancton, ces minuscules algues qui sont le repas immédiat du zooplancton... qui lui même est consommé par les méduses.

Cet article est extrait du numéro 45

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